Bonnie 'Prince' Billy

Vendôme, Chapelle St Jacques - 29.10.2011

Festival Rockomotives

» Compte Rendu

le 02.11.2011 à 00:00 · par Mathieu M.

Me rendant au festival des Rockomotives à Vendôme, je m'étais donné comme ligne de conduite d'écrire spécifiquement sur LE concert qui me surprendrait, me plairait le plus.

Bonnie 'Prince' Billy dans une chapelle s'annonçait en effet comme un des grands moments du festival mais je ne me laissais pas impressionner par l'effet d'annonce et plaçait le concert sur le même plan que d'autres, tout autant attendus. Suivant l'actualité foisonnante de Will Oldham d'un œil distrait mais toujours curieux, je n'avais fait qu'une écoute rapide de son dernier album Wolfroy goes to town et ne savait donc pas vraiment à quoi m'attendre. Aucune idée non plus si le bonhomme jouerait mal seul ou bien accompagné...

Bref, j'arrivais avec un regard neuf et sans idées pré-conçues, prêt à laisser la magie opérer, si magie il y a, et magie il y eu. Selon mes petites émotions, ce fut même le meilleur concert du festival et je me devais de tenir mes engagements déontologiques mêmes si, au plus profond, j'aurais préféré me faire surprendre par un nouveau petit groupe au nom imprononçable qui aurait d'un coup révolutionné 20 ans de certitudes musicales. Mais... non. Bonnie 'Prince' Billy, ta place dans ces lignes n'est pas usurpée.

15h30.Les portes de la Chapelle St Jacques s'ouvrent et un public disparate et trans-générationnel s'engouffre d'un pas feutré vers les places assises ou à même le sol pavé. L'ambiance est chaleureuse, et malgré sa vocation d'origine (laquelle déjà?!) le lieu semble désormais faire partie intégrante de la scène musicale locale. Le rock a remplacé le baroque et les mœurs ne s'en offusquent plus, halleluya.

Grand bien fasse à nos oreilles, l'acoustique y est incroyable et chaque détail mélodique de chaque instrument est parfaitement discernable. Tous s'entremêlent avec dévotion les uns aux autres vers la voûte céleste... Enfin... ou pas. Excusez moi mais c'en est trop, je m'arrête. Utiliser et abuser du large champ lexical de la religion commence à m'agacer sévère et il est des ficelles un peu trop faciles dont on pourrait se passer! Voilà, Bonnie 'Prince' Billy dans une chapelle, bla bla, on y va comme à la messe c'est trop facile, trop évident de comparer sa musique à un chapelet de recueillement. Stop. Fini les allusions banales et grandiloquentes. En plus et profitons-en, Will Oldham, dans ses paroles ne parle même pas d'un quelconque dieu, alors laissons-le là où il est. On parle ici d'amour. D'histoires d'amour comme on en connait tant dans ses paroles et d'amour de la musique, simplement.

Six musiciens ont les yeux qui brillent, et c'est uniquement leur musique qui les possède. Une lueur de plaisir contenu les rassemble. Toute discrète, leur complicité est bien palpable et tout sonne, tout est à sa place, tout résonne en nous, public attentif et sensible. Goût de la perfection partagé dans ce Cairo Gang : lignes de contrebasse efficaces et épurées, batterie pleine de nuances au son magique, clavier savamment dosé et ces guitares au centre de tout, si belles.

Will Oldham est un personnage sans âge aux multiples mimiques qui dégage une aura -non plus divine, fini!- mais profondément humaine. C'est encore mieux, plus crédible. Dans son regard, ses paroles prennent réalité. Dans sa voix limpide, ses intentions révèlent toute la sincérité suggérée par le personnage. Et dans ses multiples intonations, l'intensité qu'il y met est constante. Elle nous bouleverse et nous transporte dans les méandres de ses chansons intimistes. Quand il entonne i see a darkness de l'album éponyme, 300 personnes en oublient de respirer... en chœur.

Sa musique, ici jouée en groupe par d'aussi talentueux musiciens prend du coffre, et il en faut pour soutenir de telles voix, parfaitement sonorisées -soit dit au passage-. Celle de Will Oldham bien-sûr mais aussi celle du guitariste Emmet Kelly, un monument en soi, haut perché. Déja présente sur l'album, la chanteuse Angel Olsen apporte un continent de beauté. Par ses chœurs discrets ou ses envolées solitaires, chaque morceau s'en trouve magnifié. A tel point qu'après presque deux heures de concert, le groupe finit son dernier morceau a capella, circulant dans la chapelle entre un public visiblement ravi de constater que même sans micro, cet instrument magique qu'est la voix réussit à faire vibrer des murs du XIIe siècle.

17h30. Fin du concert. Will Oldam en substance : "cet horaire inhabituel pour ce concert est vraiment une excellente idée : toutes les belles choses positives dont nous venons de nous remplir dans ce lieu incroyable vont nous être profitable pendant encore tout le reste de la journée et de la soirée..., au lieu comme d'habitude de nous être profitable uniquement pour... aller dormir!"

Dont acte. Le festival continue...en beauté.

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Photo Concert Bonnie 'Prince' Billy, Vendôme, Chapelle St Jacques, le 29.10.2011

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