Explosions in the Sky

+ The Drift

Milan (it), LiveClub - 09.11.2011

» Compte Rendu

le 16.11.2011 à 00:00 · par Mathieu M.

Direction la plaine du Pô, cette vaste étendue aux multiples ramifications urbaines desservant une Italie industrieuse et ses inévitables corollaires : autoroutes, chemins de fer, zones commerciales, friches industrielles, bitumes et ferrailles jouxtant de luxueux panneaux lumineux à vocation publicitaire. Entre, un immeuble où il n'a jamais fait bon habiter. Entre, une salle de concert moderne posée là comme un motel sur une route du Michigan. Entre, du vide.

Ce paysage, d'autant plus lorsqu'il est peint à la lumière blafarde d'un soir de novembre, met en valeur le propos d'un groupe qui n’aurait pas renié faire son concert dans un de ces entrepôts désaffectés : The Drift. Trois musiciens à la parole rare et au regard clair, droits dans leur bottes de californiens que la surf 'happy' music a cette fois épargné. A la place, un rock instrumental minimaliste d'une beauté rude mais si poétique, de celle que l'on retrouve justement dans ce chaos urbain moderne.

Jeu rythmique franc et sans concession chez Rich Douthit et Trevor Montgomery : une batterie martiale au son percutant accompagnée d'une basse que rien au monde ne pourrait détourner d'un entêtement sombre qui pourtant groove terriblement. Le guitariste Danny Paul Grody lui, illumine le ciel non pas d'explosions mais de nombreux nuages sonores fragiles et farouches qu'il "loope" abondamment et laisse tourner en toile de fond. Il reste alors toute la place au premier plan pour ces mélodies de guitare délicates évoquant le trait d'union parfait entre Slint et Calexico. Les ingrédients sont réunis, les cieux peuvent s'assombrir et la tempête gronder, puis la vie peut renaître de nouveau. Tout ce qui résume The Drift.

Pas une expression sur leurs visages, les instruments semblent raconter déjà tant d'histoires. Mais le dénouement est court, à peine 30 minutes de concert. Sobriété et modestie de tous les instants avec leur seule parole, en s'excusant presque : "encore un ou deux morceaux et nous laissons place à Explosions, merci..." Merci de quoi? The Drift n'est pas qu'une première partie accessoire et le public ne s'y trompe pas. Mais de morceau, il n'y en aura qu'un, le planning semble serré alors que rien ne presse, dommage...

Je rêverai de retrouver The Drift même cadre même saison, mais de l'autre côté de l'autostrada A4, là sur ce terrain vague, entre ce bus rouillé et ce vieux bâtiment en ruines. Et de les laisser me raconter à leur manière toutes les histoires qui leur remontent lentement des décombres...

Mais Explosions In The Sky entrent en scène, me tirant de ma rêverie. Pas beaucoup plus bavards, les Texans, mais les amplis beaucoup plus à fond. Ma coupe de cheveux sophistiquée n'y résistera pas. Au vu de ce décoiffage en règle, je pourrais noter qu'il y avait, très prosaïquement, trop de basse mais nous n'avons pas fait 250 kilomètres -aller- pour se gâcher volontairement notre plaisir par pure objectivité. On pardonne vite quand on aime et quand on vient de loin, on sauve les apparences coûte que coûte.

Mais aucun risque avec Explosions que l'on sait toujours fidèles à leur fabuleuse recette, cette alchimie bien à eux qui les distingue aussi brillamment dans le paysage post rock actuel. Le groupe est passé maître bâtisseur en cathédrales sonores -trois guitares devant, rien que ça!- et leur concert est parfaitement rôdé, fidèles à leur habitude de livrer leur set d'un seul tenant sans pause réelle, sans même échanger un mot. Les morceaux parlent d'eux-mêmes, il suffit de fermer les yeux pour se laisser envoûter par ces frêles constructions mélodiques à trois guitares qui invariablement -mais jouissivement- conduisent vers ces murs du son savamment maîtrisés.

Pas d'artifices, pas de jeu de scène élaboré, pas de coup du sombrero mais une setlist bien sentie qui couvre l'ensemble de la discographie du groupe, à l'image d'un Greet Death ou d'un The Birth and Death of the Day monumentaux. Avec plus de 80 concerts enchaînés dans le monde en 2011 et la tournée qui se poursuit en 2012, Explosions In The Sky réussit à garder sa fraîcheur et son énergie si communicative grâce justement à cette maîtrise sonore impressionnante, bravo. On leur souhaite de trouver la juste formule pour durer dans le temps, et surtout, surtout de ne rien changer.

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Photo Concert Explosions in the Sky + The Drift, Milan (it), LiveClub, le 09.11.2011

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