The Divine Comedy

Nantes, Lieu Unique - 18.10.2012

» Compte Rendu

le 10.11.2012 à 06:00 · par Sébastien T.

Pour certains, la quarantaine est l’occasion d’opérer de grands travaux dans leur vie. Pour d’autres, tels Neil Hannon, cerveau de The Divine Comedy, c’est le moment choisi pour revenir sur 20 ans d’une carrière ponctuée d’albums animés d’une intelligence et d’une luminosité rare. Et en solo s’il vous plaît !

Après plus de deux années à écumer les festivals, les chapelles, les théâtres et autres salles de concerts à travers l’Europe, c’est à Nantes que l’irlandais à décidé de poser ses valises ; pour une série de trois concerts successifs dans trois lieux différents les 18, 19 et 20 octobre 2012. A Nantes, ce fût noël en octobre.

Le 18 octobre dernier, c’est au Lieu Unique, haut-lieu culturel nantais installé dans une ancienne fabrique de biscuits, que nous avons rendez-vous avec un orfèvre de la musique pop d’outre-manche. C’est un rendez-vous attendu depuis longtemps par les fans qui patientent fébrilement devant le bar. Certains n’ont pas revu l’artiste sur scène depuis un passage nantais à l’Olympic en 2002. A l’époque, Neil Hannon venait défendre en groupe l’album Regeneration. Or pour les trois concerts qui s’annoncent, c’est en solo que se présente le dandy irlandais ; et c’est justement ce qui ravit déjà le public habitué aux luxueux arrangements des albums ; une série de concerts acoustiques laissant éclater les pépites mélodiques du monsieur. A n’en pas douter, Neil Hannon aura face à lui ce soir un public exigeant d’initiés qui frétillent tandis que les portes de la salle semblent s’ouvrir.

Au beau milieu d’une modeste scène, une guitare observe discrètement un piano à queue tandis que les aficionados pénètrent dans la salle en essayant de dénicher la meilleure place. Ce qui frappe au premier abord, c’est la diversité d’âge du public. En plus de vingt ans de carrière et une dizaine d’albums au compteur, Neil Hannon a su fidéliser plusieurs générations.

Soudain, un petit homme frêle, chapeau melon, costume noir rayé agrémenté d’un nœud papillon fait son entrée. Applaudissements nourris. Il dépose au pied du piano une mallette noire de médecin avant de débuter la soirée avec The Complete Banker, tiré de son dernier album, Bang Goes To The Knighthood, en partie inspiré par la crise financière que nous traversons. Le public a le plaisir de découvrir en live les superbes mélodies dénudées de l’irlandais. Il est vrai que certaines critiques ont parfois reproché aux albums de The Divine Comedy des arrangements trop nourris en cordes et instruments à vent pouvant de temps à autre rendre indigestes certains morceaux. Le fait de les découvrir sans artifices leur donne une autre dimension ce qui n’est pas pour déplaire au public qui en redemande.

Ponctués de traits d’humour réguliers, les titres vont se succéder balayant toutes les périodes de l’artiste ; que ce soit le National Express de l’album Fin de Siècle, Charmed Life présent sur Absent Friends jusqu’à Tonight We Fly tiré de l’album Promenade, Neil Hannon survole tout son répertoire avec l’élégance qu’on lui connaît. Après une bonne rasade de bière, le monsieur passe à la guitare pour nous interpréter entre autres le superbe A Lady Of A Certain Age. Deux autres titres suivront et la guitare sera abandonnée jusqu’à la fin du concert au profit du piano.

Seul bémol du set : on sent un Neil Hannon épuisé avec ses capacités vocales amoindries, ce qui donne lieu à de nombreuses erreurs et hésitations sur les titres joués. Des impairs aussitôt oubliés grâce à l’humour et à l’autodérision qui charment l’audience. Accoudé sur son piano, il nous confirmera plus tard son état de fatigue avancé en mentionnant l’horaire de son lever à quatre heures du matin ! Ce qui ne lui empêchera pas de clôturer les deux heures de concert par un Our Mutual Friend impeccable.

Le lendemain, Neil Hannon devait se produire dans une jolie chapelle nantaise et tout le monde se réjouissait à cette idée. Malheureusement, un groupe de catholiques fanatiques empêchera le concert d’avoir lieu pour cause de textes païens. Un comble pour ce fils de pasteur irlandais ! Pauvre France…

Qu’à cela ne tienne, l’équipe du Lieu Unique et le tourneur trouveront un arrangement pour que le concert ait lieu au sein de l’auditorium de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes. Les fans ont été prévenus quelques jours avant le concert et se sont retrouvés dans ce superbe quartier nantais malgré les censures d’un autre âge…

C’est avec délectation que nous retrouvons le malicieux irlandais cette fois-ci en bien meilleure forme que la veille. Le verre de bière a été troqué contre le Muscadet local. Beaucoup plus précis, la voix impeccable, les morceaux s’enchaînent à toute allure. Rien de plus à noter sur cette soirée aussi appréciable que la veille au cours de laquelle la set-list sera peu ou prou la même ; avec cependant quelques bonnes surprises comme Lucy, titre magique interprété à la guitare, qui nous ramène vingt ans en arrière à l’époque de Promenade, ou bien encore la réappropriation au piano de Time To Pretend des MGMT qui fait sensation. Au cours de ce deuxième concert, qualité, humour et émotion auront été une fois de plus au rendez-vous.

En quittant la salle, on se demande bien où se déroulera la troisième et dernière soirée ; le secret a été conservé jusqu’au dernier moment. On apprendra le lendemain soir que soixante-dix chanceux ont pu savourer les mélodies de Neil Hannon dans un loft de la capitale ligérienne.

La pop, lorsqu’elle est de cette envergure, n’a qu’un seul défaut : elle se fait bien trop discrète. Alors, quand l’occasion se présente, il serait idiot de devoir s’en priver. Si vous avez manqué l’un de ces trois concerts, surveillez donc par ici la rediffusion du concert du 18 octobre. Mon petit doigt me dit que c’est prévu pour janvier prochain.

En attendant, je ne résiste pas à vous faire partager ces deux morceaux.

Becoming More Like Alfie The Complete Banker Site officiel

Retour haut de page

Photo Concert The Divine Comedy, Nantes, Lieu Unique, le 18.10.2012

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.