Shannon Wright

Turin (it), El Barrio - 06.12.2011

» Compte Rendu

le 16.12.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

On ne présente plus Shannon Wright : éclaireuse internationale d'une scène rock rugueuse et épurée, le phénomène présente un carnet d'adresses et de collaborations à la hauteur de son talent : des producteurs Steve Albini à Yann Tiersen, des groupes Calexico à Rachel's et des labels Touch & Go à Vicious Circle. Depuis sa signature sur le label toulousain en 2007, Shannon Wright a tourné de nombreuses fois en France et en Europe, et bien ermite celui qui n'a pas eu l'occasion de la voir sur scène. Évidemment, j'en suis. Alors ce soir de décembre malgré la neige, un simple ticket d'autoroute fait office de sésame pour combler ce manque. Le concert sera donc un parfait prétexte pour une escapade italienne.

Après une première partie locale au nom de Diverba qui condense tous les clichés sous-entendus dans le style musical "rock italien", je fais le compte et ne recense que deux instruments sur scène : un piano et une guitare. Point de batterie ni de basse, point de groupe. Après une date à Londres et une autre au festival ATP programmé par Shellac en formule trio, Shannon Wright file à l'anglaise pour quelques dates en solo ci et là.

Dans l'intimité d'une prestation solitaire d'une artiste aussi farouche, inutile de s'attendre à chanter en chœur ni à danser la polka. Mais poser une ambiance aussi plombée n'est pas donné à tout le monde et Shannon Wright excelle dans l'exercice au point où la salle bondée se retrouve hébétée et abasourdie dès les premiers morceaux. Cachée derrière des cheveux en bataille et laissant entre-apercevoir son visage de rares fois, la première image qui vient à l'esprit est celle d'un petit animal frêle et blessé, meurtri par les émotions que lui provoquent ses chansons tristes et dépouillées.

Sur les derniers disques en date, quelques fenêtres d'espoir et de lumière pointent pourtant régulièrement. Sur les photos promotionnelles les accompagnant, Shannon Wright pose même bien souvent souriante et rayonnante. Mais rien de tout cela n'apparaît durant le concert de ce soir. Seulement une revue des éléments les plus rugueux de sa discographie, accompagnée de quelques nouveaux titres à paraître sur un nouvel album au printemps prochain. Connaissant ses disques sur le bout des doigts, on se délecte de cette vision solitaire et inattendue de titres célèbres. L'aspect instrumental de l'univers de l'artiste n'a jamais été un simple accompagnement et l'imagination fait des bonds en rêvant de l'énergie et de la créativité qu'apporte habituellement la section basse/batterie. Comme le public, Shannon Wright écoute les absents et compense par une présence scénique imposante.

Tantôt avec sa guitare au son si reconnaissable, tantôt au piano, la dame perce les cœurs et remue les corps avec un jeu sauvage et sincère, au bord des larmes. Difficile de savoir avec des musiciens de cette trempe si cette incroyable nostalgie est une véritable partie de leur être ou la sensation momentanée que produisent de simples chansons. On aimerait en savoir plus. Car ce concert est intrigant : Shannon Wright se livre corps et âme derrière sa musique, elle donne de toute sa personne sans artifices et sans complexes. Et paradoxalement une fois chaque morceau terminé, elle se renferme, dissimule son visage et évite tout contact visuel ou verbal avec le public. On peine à percer le personnage et personne ne souffle mot dans l'assistance, tant son attitude troublante imprègne et déstabilise. La musique parle d'elle même et cette expression ne sera jamais plus vraie que lors de cette soirée. Cette fois encore, miss Wright aura livré un concert qui bouleverse et qui bouscule. A voir les visages hagards à la sortie de la salle, personne ne semble être sorti ni indifférent, ni indemne. Un "concert exutoire pour elle-même" écrivait déjà Remi Q. en 2010 dans un excellent compte-rendu que je viens de découvrir. Pas de doutes, nous avons assisté au même concert.

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Photo Concert Shannon Wright, Turin (it), El Barrio, le 06.12.2012

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