Bonnie 'Prince' Billy

+ Xylouris White

Boulogne Billancourt, Carré Bellefeuille - 22.11.2014

» Compte Rendu

le 28.11.2014 à 06:00 · par Gaël P.

Pour le dixième anniversaire du festival, les programmateurs de BBmix avaient concocté une soirée d'un étonnant éclectisme le vendredi 21 novembre. Se succédaient sur scène non pas moins que Charles Hayward, l'ex-batteur de This Heat, le poète halluciné Ghédalia Tazartès, La Morte Young, le groupe français noise bruitiste peut-être le plus passionnant actuellement, ainsi que la légende franco-allemande Faust. Si on aura éprouvé du plaisir à entendre certaines compositions hautement martelées par Hayward à sa batterie tout comme certains titres classiques de Faust (Mamie Is Blue en tête), l'attrait de la soirée aura été davantage la performance du groupe français - lieu de réunion de membres de Sun Stabbed, Talweg et Nappe - lequel aura développé méticuleusement un maillage sonore d'une rare densité, notamment par les effets variés conduits simultanément par les deux guitaristes. Nul étonnement au fait que David Keenan de Volcanic Tongue et plume régulière du magazine The Wire ait pu louer cette année l'album éponyme de La Morte Young en le rapprochant de la musique du trio néo-zélandais The Dead C.

Il était en tout cas préférable que cette soirée soit avant celle du samedi 22 novembre car, en raison de l'horaire tardive à laquelle Faust termina son set, une bonne partie des fidèles du festival était déjà bien fatiguée le lendemain. Dès lors, fort appréciable fut le confort non-négligeable de l'auditorium du Carré Bellefeuille de Boulogne-Billancourt, d'autant plus en vue d'une soirée placée sous des auspices bien plus calmes. L'attraction de la soirée était bien entendu la venue de Bonnie Prince Billy entouré d'un backing band entièrement masculin, avec les guitaristes Emmett Kelly (The Cairo Gang) et Matt Sweeney, le contrebassiste David Ferguson et le batteur Van Campbell.

Avant le set du frontman de Palace, le duo Xylouris White, composé de Giorgis Xylouris, joueur de luth crétois, et Jim White, le batteur vénéré des australiens de Dirty Three, n'était toutefois pas à manquer. Si leur album Goats, sorti très confidentiellement cette année, m'avait laissé plutôt indifférent, leur performance valait le détour, autant pour apprécier l'extraordinaire ampleur de jeu de Jim White avec sa gestuelle lyrique et sa large gamme de baguettes que pour l'expressivité des deux musiciens davantage manifeste en concert que sur album. Les intensités de certains titres furent sans conteste des moments forts de cette troisième soirée du BBmix (un segment rappelait très justement le beau Bulgarian Dance du musicien écossais Davy Graham paru sur son album Hat en 1969), quoiqu'on ait pu ressentir sur la longueur que le jeu au luth n'est pas tellement extensible et qu'il peut devenir rapidement uniforme, même lorsqu'il est secondé par le chant.

Au vu du résultat pas réellement convaincant de Singer's Grave A Sea Of Tongues, le dernier album en date de Bonnie Prince Billy sorti il y a deux mois, mon attente de la prestation de Will Oldham et de ses compatriotes était entouré de l'espoir que l'ensemble renoue avec une veine moins conventionnelle, davantage portée par une finesse d'exécution (type Wolfroy Goes To Town) ou bien orientée vers un retour à des sonorités plus brutes (type les albums de Palace). Évoluant dans le cadre d'une setlist très hétérogène - piochant surtout dans une discographie très large de Bonnie Prince Billy -, les cinq américains n'auront à mon sens pas réussi à redresser la barre tant leur performance, irrégulière en plus d'être relativement conventionnelle, fut décevante.

La dimension très country du set semble y avoir été pour beaucoup : l'académisme des morceaux énergiques couplé à des reprises non moins académiques de classiques du genre (Jack Clement, Waylon Jennings et Gene Watson) auront pesé fortement sur la qualité de l'ensemble. Ajoutons à cela que le trop long segment lent (où évoluaient seuls sur scène les trois guitaristes) aura fini par assoupir une salle pourtant initialement conquise sans que la fin du concert avec un retour à cinq musiciens puisse raviver la flamme, comme on dit. L'interprétation d'un titre pourtant aussi fabuleux que I See A Darkness sans qu'aucune magie n'opère fut l'un des syndromes d'un concert poussif, calibré davantage en mode automatique plutôt que réellement inspiré.

Il n'en reste pas moins qu'il y eut tout de même de beaux moments, notamment et surtout par la présence relativement discrète mais tout à fait essentielle de Matt Sweeney. Au-delà du fait qu'il accompagna agréablement Will Oldham au chant - tout particulièrement sur My Home Is The Sea - et de manière bien plus séduisante qu'Emmett Kelly, il aura développé à la guitare des écrins très élégants sur une bonne partie des titres convoqués. Très probablement, sa récente collaboration avec Endless Boogie lui aura donné un avantage déterminant sur ce point et c'est d'ailleurs son exécution de l'arabesque répétitive de Blood Embrace qui restera dans ma mémoire comme le plus beau moment du concert. Certes, Will Oldham aura su également marquer les esprits à certains moments, notamment par des chants inspirés et une assurance sans pareille, mais ces atouts masquèrent à mon sens une inspiration relativement faible du point de vue de l'interprétation des compositions et surtout de son jeu à la guitare qui manqua cruellement de présence.

(Mes remerciements pour la photographie à Émeline Ancel-Pirouelle du festival)

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Photo Concert Bonnie 'Prince' Billy + Xylouris White, Boulogne Billancourt, Carré Bellefeuille, le 22.11.2014

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