Jackie-O Motherfucker

Nantes, Le blockhaus - 02.05.2003

» Compte Rendu

le 02.05.2003 à 06:00 · par Eric F.

Voir Jackie-O Motherfucker (ou JOMF pour les intimes) en concert est sans aucun doute une expérience unique, d'autant plus quand ledit concert a lieu dans un étroit bunker (la salle ne s'appelle pas "Le Blockhaus" pour rien). Rarement sera-t-il possible d'assister à une performance aussi éprouvante et jouissive à la fois que celle là. Plus proche dans l'esprit de Glenn Branca que de Sonic Youth, JOMF construit ses concerts sur de longs morceaux entièrement improvisés, pas la peine donc de chercher à reconnaître des titres du merveilleux Change, dernier album en date du groupe. Le groupe se produit ce soir en sextet, plusieurs membres changeant d'instrument au gré de leurs envies.

Première surprise pour qui ne connaît le groupe que sur disque, la voix assurée en grande partie par un type au look plus hip hop qu'autre chose est omniprésente durant le show, mais uniquement dans un but mélodique tant il est impossible de comprendre quoi que ce soit à ces sons, si toutefois ce sont bien des mots. Les morceaux sont extremement étirés (entre 20 et 30 minutes chacun) mais très rarement longuets, toujours à fourmiller de petits détails et de légères variations. Si JOMF a beau être comparé à Godspeed You Black Emperor, la prestation scenique de ce soir fait voler en éclats toute possibilité d'analogie : on ne passe jamais d'une ambiance paisible à un déluge de décibels en l'espace d'un claquement de doigts, les thèmes sont tellement répetés que l'on se surprend parfois à en apprécier un nouveau passage. L'approximation de l'ensemble sur certains moments ne fait que rajouter un coté totalement rock and roll propre aux grands concerts et on pense inmanquablement au côté le plus experimental du Velvet Underground. Dénuée de tout message politique, social ou autre, la musique de JOMF prend aux trippes pour les remuer délicatement, comme sur ce merveilleux passage de la seconde pièce improvisée où les guitares jouent paisiblement au chat et à la souris. A en vouloir que ça ne se finisse jamais.

Mais la satisfaction éprouvée grâce à ce concert se mérite : le groupe livre une musique très exigeante, d'autant plus que la chaleur étouffante qui flotte dans la salle ne rend pas les choses aisées. Et puis comme JOMF n'est pas Dieu, certains passages laissent de marbre et on a un peu l'impression que les membres du groupe se cherchent pour relancer certaines situations qui semblent dans une impasse, mais les sourires sur leurs visages ne trompent pas : c'est un grand moment qu'ils nous offrent ! Après plus de deux heures de concert, une longue improvisation électronique à laquelle est venue s'ajouter un saxophone laisse débouler guitares et batteries pour un final époustouflant qui met une ultime claque au public, conscient d'avoir assister à un grand moment de musique souterraine.

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Jackie-O motherfucker (photo Pierre Ricci)

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