Rien

Grenoble, Le Ciel - 25.02.2004

» Compte Rendu

le 28.02.2004 à 12:00 · par Antoine D.

Deux hommes pénètrent sur la gauche de la scène, et rejoignent une table située à deux mètres de là. Mais il leur faudra de longues minutes pour l'atteindre, car c'est dans une lenteur extrême qu'ils se déplacent… et qu'ils exécutent diverses actions durant tout le set (épluchage de légumes, allumage de la radio…). Pendant leur interminable avancée, deux autres hommes ont pris place sur la droite de la scène, équipés de micros et de casques ils se prêteront au jeu des animateurs radio.

Etrange introduction pour ce concert à domicile : les grenoblois de Rien en ont profité pour jouer en formation étendue, et plus qu'un set classique, c'est une véritable performance mêlant théâtre et musique qu'ils livrent ce soir. Les musiciens investissent ensuite la scène : un bassiste, deux guitaristes et un batteur, qui seront plus tard rejoints par d'autres participants (flûte, chant…), pour un total de douze intervenants. La setlist suit la tracklist de leur album, Requiem pour des baroqueux (Un Dimanche, 2003), et c'est donc avec la première partie de leur Requiem, sur plus de vingt minutes qu'ils ouvrent ce set. Allié à l'étrangeté de la mise en scène, le début du morceau, sur fond d'orgue et de guitares sous effets, continue de faire monter la tension dans une atmosphère imprévisible. Rapidement, il devient assez frappant de constater à quel point le quartet maîtrise son sujet, dans les variations stylistiques, le déluge des effets, la puissance du son, leur capacité à aligner les arrangements rencontrés sur l'album. Bien que le rock soit prédominant chez Rien, la structure du morceau d'ouverture est une série de collages qui leur permet de s'immiscer dans divers registres, du dub au trip-hop, en passant par les ambiances plus mélancoliques.

Entre les morceaux, les deux personnages de gauche (que l'on surprend parfois en train de manger une carotte après l'avoir épluchée… tout au ralenti, bien sûr) allument un poste de radio, lançant ainsi les flashes infos des deux comiques de droite : car si l'on se rappelle de Dominique Farrugia et de sa "météo très particulière", ces flashes infos sont effectivement "très particuliers" puisque c'est clairement dans une ambiance JTN que ces deux là évoluent, brocardant leurs têtes de turc favorites où distillant quelques formules pince-sans-rire telles que "Si l'on met la tête de Manu Chao dans un étau, elle explose", tout ceci avant d'introduire le morceau suivant. Cette mise en scène rend le set continu, aucune pause n'intervient. La suite continue de dévoiler des passages aussi superbes que pointus, très accomplis dans leur interprétation, et ce, tout aussi bien dans les phases plus rentre-dedans (Dallas session), dans les titres qui mettent en valeur l'harmonie des deux guitares et les implacables lignes de basse (Fantasia chez les ploucs), que dans les alliances mélodies/spoken-word (Stare mesto).

Après la brillante interview du Professeur Picard (un long sample utilisé sur Décalage contrôlé… un sample très décalé, effectivement), Rien se lance dans la seconde partie de son Requiem pour finir le concert. Les guitares, sous l'impulsion de la section rythmique guident l'ascension, et peu à peu le collectif se dirige vers un final qui fera parler la poudre, tant sur le plan musical que sur la scène : tandis que le bassiste s'est saisi d'un kazou pour faire sonner la révolte sonique, un pugilat éclate sur la gauche de la scène, l'un des protagonistes surgissant pour exploser le poste de radio à coups de marteau, juste devant le premier rang. Gros final pour un set impressionnant, la vision du marteau sur le poste de radio laisse à penser que Rien vient de frapper très fort.

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