Sufjan Stevens

+ Gravenhurst

Bruxelles (be), L'AB Club - 03.10.2004

» Compte Rendu

le 13.10.2004 à 06:00 · par Erwan M.

En ce début octobre, le club bruxellois de l’Ancienne Belgique nous propose une soirée aux tonalités des plus acoustiques avec le doublé Gravenhurst/Sufjan Stevens.

On ne s’attardera pas sur la prestation de Gravenhurst, projet de Nick Talbot, jeune artiste britannique signé chez Warp. Si ses deux derniers albums sont tout à fait décents -un folk pastoral accompagné de subtiles éclosions électroniques- le set de Talbot ne restera pourtant pas dans les annales de la salle bruxelloise. Est-ce le manque de charisme du chanteur ou le caractère trop évasif de ses chansons, plus adaptées pour une écoute en chambre qu’en salle de concert ? Seul le dernier morceau du set avec son final aux inflexions warpiennes relèvera le niveau très moyen de cette prestation quasi-rébarbative. Légère déception donc, bientôt effacée par l’excellent concert de Sufjan Stevens.

Sur la foi de deux albums acclamés à l’unanimité des deux côtés de l’atlantique par la critique, Stevens s’est bâti une réputation d’enfant sacré du néo-folk américain. Greetings from Michigan: The Great Lakes State, album concept qui prend le pouls d’une Amérique de seconde zone, celle du chômage et de la précarité, est une merveille de délicatesse folk. Premier enregistrement d’une longue série dans laquelle le chanteur projette de rendre hommage aux 51 états de l’Union, Greetings from Michigan a vu la naissance en 2004 d’un petit frère intitulé Sevens swans, album plus intimiste et personnel aux textes ouvertement chrétiens.

Généralement accompagné par certains membres de la Danielson Family quand il joue aux Etats-Unis, Sufjan Stevens a décidé de voyager en solo sur les quelques dates de sa tournée européenne. Modestement accompagné d’une guitare et d’un banjo, c’est dans ces deux albums qu’il extrait ce soir son lot de perles folk, pour notre plus grand plaisir.

Stevens débute son set avec Abraham, tiré de l’album Seven Swans. Morceau introspectif empreint d’une grande spiritualité, l’interprétation est sobre et raffinée. Face à la scène, le public retient son souffle. Va-t-on assister une heure durant à un concert à la dimension quasi-religieuse ? C’est sans compter sur le côté disert de l’américain du Middle West. Sufjan ce soir est ici pour chanter mais aussi pour parler. A droite de la scène, sur un reposoir en bois, trône une carte de l’état du Michigan dessinée par ses soins. Les grands lacs et autres péninsules sont grossièrement esquissés ; le nom des villes (Detroit, Flint, Holland) inscrites au gros feutre. Stevens n’est pas un professeur comme les autres. Dans ce cours particulier de géographie, c’est de son Michigan qu’il veut parler, celui où il a passé son enfance et une grande partie de son adolescence. Le Michigan des Grands lacs, des vertes vallées, mais aussi celui des villages industriels, contaminés par les vagues successives de délocalisations. Le Michigan de sa première petite amie, plus intéressée par le shopping que par son boyfriend pré-pubère, source d’inspiration pour les textes de Size too small ou Dress looks nice on you. Avec un grand talent de conteur, Stevens replace chaque morceau dans son contexte. Les anecdotes fleurissent, le ton est juste et discret. Alternant titres joués à la guitare avec ceux joués au banjo, Stevens joue tout en sobriété. Les paroles, toujours à la frontière de l’intime, prennent une dimension complètement solennelle. Le public, recueilli, est sous le charme.

En cours de chemin, quelques surprises sont précieusement distribuées, comme la reprise de Lakes of Canada (titre composé par Karen Peris, chanteuse des Innocence Mission) ou encore l’inédit Chicago, dernier morceau joué avant le rappel, qui nous laisse penser que l’Illinois sera la prochaine destination musicale du chanteur. En rappel, une seule chanson, Romulus, pour mettre un point final aux réjouissances. Morceau autobiographique, à la tristesse contagieuse, qui nous entraîne, en pleine fêlure familiale, dans le souvenir de sa mère :

"Our grandpa died in a hospital gown/ She didn't seem to care/ She smoked in her room and colored her hair/ I was ashamed of her

Dernières paroles, derniers accords au banjo. Sufjan quitte la scène. Un ange passe…

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Sufjan Stevens (photo Kathryn Yu)

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