Laura Veirs

Nantes, TNT - 03.10.2004

» Compte Rendu

le 16.10.2004 à 06:00 · par Eric F.

Un dimanche, ça peut être un jour propice au farniente et à la détente autant qu'au pire ennui. Le fan de musique nantais, lui, en ce 3 octobre (un dimanche donc) est préoccupé par une question qui divise : opter pour l'Olympic et les new-yorkais excités de !!! ou bien pour le théâtre T.N.T. afin d'y voir l'auteur d'un des meilleurs disques de l'année, à savoir la talentueuse Laura Veirs. Parce qu'après tout, le dimanche n'est pas forcément le meilleur jour de la semaine pour aller sauter dans tous les sens devant des déconstructeurs de funk. Laura Veirs, donc. Sans oublier les Richmond Fontaine, qui visitaient notre pays pour la première fois (du moins professionnellement) précédés par leur excellent Post To Wire. Il va sans dire, la soirée se promettait d'évoquer les grands espaces des campagnes perdues des Etats-Unis sans pour autant nous en offrir les clichés inhérents tant les deux protagonistes de cette soirée nous livrent une version personnelle de ces étendues maintes fois fantasmées. L'intimiste salle du T.N.T. est d'ailleurs parfaite pour recevoir ces passionnantes "confessions intimes".

Débarqués sur scène sans tambour ni trompette, les Richmond Fontaine s'installent paisiblement avec un guitariste électrique, un bassiste, un batteur et un chanteur - guitariste acoustique. Mis à part le joyeux guitariste qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Mark Ibold et qui semble tout aussi enthousiaste que feu le bassiste de Pavement, on sent bien que le groupe n'a jamais vraiment conceptualisé ses prestations scéniques. A peine un merci quand les morceaux se terminent, Willy Vlautin ne semble pas vraiment en mener large. Pourtant, il pourrait tant ses chansons mettent parfaitement le doigt là où ça fait du mal (souvent) mais aussi là où ça fait du bien (parfois). Et la surprise n'est pas si grande que ça quand Laura Veirs m'apprend qu'il mène parallèlement une carrière de romancier. Quant à la musique, le quatuor nous mène sur les terres anciennes de Wilco, à l'époque où la bande de Jeff Tweedy ne cherchait pas encore à s'émanciper par l'expérimentation. Alors que le dernier album montrait clairement une belle envie d'aller de l'avant, les morceaux sur scène semblent se suivre et se ressembler. On est bien sûr loin d'un set manqué mais on sombre malheureusement assez vite dans une douce monotonie que seule une grande attention sur les textes de Vlautin parvient à briser. On regrette vraiment que le groupe ne nous livre pas le chef d'oeuvre de country glauque et poisseuse qu'est Willamette, sommet de Post To Wire. Heureusement, le groupe termine par un titre plus ancien dans cet esprit tendu au fil de barbelé. Un peu tard tout de même.

A peine le temps de se remettre de cette relative déception que déboule Laura Veirs accompagnée de l'impressionnant Karl Blau. Impressionnant est bien le terme qui convient à la vue de ce colosse armé d'une guitare portée à la Beatles qui semble presque minuscule. Mais si on utilise l'adjectif impressionnant, c'est essentiellement pour son jeu de guitare et sa voix que cela s'applique. Les récits folk de Laura Veirs y gagnent sacrément en profondeur et dès les premières notes de Shadow Blues on sent immédiatement que le duo va nous offrir une grande prestation. Et l'enchaînement de plusieurs titres de Carbon Glacier(dont un parfait Lonely Angel Dust)viennent confirmer cette intuition. Envolée la production parfaite de l'album, du fait de la formation très limitée, nos deux nouveaux amis font avec les moyens du bord, Karl Blau lançant quelques boucles vocales ou de guitare de temps en temps pour renforcer l'ensemble, un peu à l'image d'un Dominique A ou d'un Troy Balthazar. Et comme l'américaine semble très enthousiaste à l'idée de donner un successeur à Carbon Glacier, elle nous gratifie de quelques nouveautés qui ne déçoivent pas. Vers le milieu du concert, Laura invite Sean Oldham, le batteur de Richmond Fontaine à les rejoindre et se lance dans un Raven Marching Band à la rythmique smogienne endiablée, ponctué par de formidables solos bluesy distordus joués sur l'acoustique de la jeune femme. A partir de ce moment, on quitte définitivement la terre ferme pour rejoindre un endroit où la beauté magique des morceaux fige un sourire inépuisable. Le public est indéniablement sous le charme. Laura Veirs elle aussi semble prendre du bon temps, n'hésitant pas à plaisanter entre les morceaux, rappelant avec une joie non feinte le nombre de concerts qu'elle donne en Europe. Tout le monde y trouve tellement son compte que l'on aura même droit à deux rappels, le premier une nouvelle fois avec Sean Oldham sur un grand Tiger Tattoos, tandis que le second rappel verra un spectateur demander Icebound Stream, réalisé un peu à la va-comme-je-te-pousse, mais toujours avec brio.

Des dimanches comme ça, on signerait de suite pour en connaître plus...

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