Migala

Grenoble, Le Ciel - 11.10.2004

» Compte Rendu

le 23.10.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Avant d'entamer une tournée en Espagne, Migala terminait sa série de concerts donnés en Belgique, en Hollande et en France par une date au Ciel de Grenoble. Le cinquième album (La increíble aventura) étant sorti avec un DVD, c'est fort logiquement que ce goût pour l'image se répercute sur scène puisque ce set est intégralement accompagné par des projections vidéo. La setlist s'en ressent aussi (huit titres sur les seize joués sont tirés de ce dernier album) et Migala emprunte une direction assez prévisible, laissant une place prédominante aux instrumentaux et affichant plus intensément ses penchants post-rock.

Les films projetés à l'écran attestent du fait que la musique de Migala possède incontestablement des aptitudes cinématographiques, qu'il s'agisse des moments de tension ou des moments plus contemplatifs. Quand nos six espagnols (sept avec le vidéaste Nacho R. Piedra) affichent pleinement leurs couleurs folk (guitare, accordéon...), l'image se rougit et emmène le public dans les grands espaces, lorgnant vers l'Arizona d'Howe Gelb, de John Convertino et de Joey Burns... et c'est d'ailleurs comme un clin d'oeil que le set s'ouvre sur Tucson Game Over. Des images qui sont aussi le reflet d'une certaine nostalgie, dans ce qu'elles évoquent ou dans les icônes d'une époque révolue du cinéma qu'elles laissent apparaître (Lee Van Cleef, John Wayne, Audrey Hepburn...). Mais c'est aussi l'occasion de dévoiler des moments plus drôles, comme sur la vidéo du dynamique El Tigre Que Hay En Ti qui, comme son nom l'indique, donne un aperçu de ce que pourrait être une publicité pour Frosties si elle était interprétée par Bioman.

En contrepartie des projections à l'écran, le groupe évolue malheureusement dans la pénombre, voire dans le contre-jour total pour Abel, ce qui rend la formation difficilement observable : un préjudice dans un sens, puisque Migala y perd une partie de son expressivité, et par ailleurs, la dépendance vis-à-vis de ces vidéos rend la setlist figée d'un concert à l'autre, conférant un côté systématique à leur prestation. L'autre élément dommageable réside dans le son, plutôt décevant pour un concert au Ciel : d'habitude irréprochable, il est ce soir assez approximatif (beaucoup moins contrasté, moins de discernement entre les différents instruments), mais cet aspect est tout de même à relativiser car un "mauvais" son au Ciel reste cependant largement au dessus de la moyenne de bon nombre de salles!

Au delà de ces quelques reproches, on constate que Migala peut heureusement s'appuyer sur l'efficacité de ses récentes réussites instrumentales (El imperio del Mal, Dear Fear et un Sonnenwende aux rythmiques hispanisantes), sur les qualités esthétiques des (rares) morceaux chantés (Your Star Strangled, The Guilt, l'impeccable Gurb Song...), ainsi que sur sa capacité à insuffler progressivement de la puissance à ses envolées, tout d'abord sur Lecciones de Vuelo puis sur le final de Moon River (reprise de Henry Mancini présente sur Diciembre 3AM). Malgré l'aspect assez routinier dans l'interprétation qui transparaît ça et là, Migala demeure un groupe fort plaisant à écouter et l'on se dit que ce concept du "son+images" préfère délaisser les personnalités des différents interprètes au profit de la mise en exergue de la force évocatrice du groupe. Un bon set dans l'ensemble donc, mais qui laisse une légère sensation d'amertume au regard du fort potentiel de la discographie des madrilènes.

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Abel Hernandez (Migala)

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