Devendra Banhart

+ Cocorosie

Rennes, L'Ubu - 19.10.2004

» Compte Rendu

le 27.10.2004 à 06:00 · par Eric F.

En ce 19 octobre, c'était la foule des grands soirs à l'Ubu, la vénérable salle rennaise affichant d'ailleurs complet. Et quelqu'un qui a assisté à un concert sold out dans ce lieu aura déjà eu l'impression d'être quelque peu revenu de l'enfer tant les corps sont alors compactés, à tel point que lever sa bière pour un rafraîchissement bien mérité relève presque de l'exploit.

Inséparables de Devendra Banhart depuis une certaine rencontre à Paris (qui virera même à la romance pour une des deux soeurs), c'est donc à Coco Rosie que revient la tâche d'ouvrir la soirée. Si La Maison De Mon Rêve, leur premier album, a connu un très grand succès on peut dire que la prestation du groupe aura également été chaudement accueillie pour une première partie... Et on se demande encore pourquoi. Pas qu'on ait grand chose à leur reprocher, CocoRosie c'est avant tout le mélange original de deux voix antinomiques (une à la Cat Power et une plus inédite en croisement de Janis Joplin et Macy Gray) qui se posent sur des morceaux folks bricolés avec trois bouts de ficelle. Seulement, chaque titre qui suit le précédent manque cruellement de nous achever par une terrible crise d'ennui. Ajoutez à cela la chaleur insupportable et nous reculons de la scène à l'écran "géant" puis au bar où c'est avec plaisir que l'on écoutera le superbe Jesus Loves Me une bière à la main pour ce qui fût un des rares titres transcendants de ce set. Et quand le MC, jusque là plutôt sobre aux beats, se met à "freestyliser" en prose, on sent bien que rien ne va plus et que l'improvisation et le n'importe quoi font un peu couler le navire. Sans être forcément spécialiste de la chose hip hop, entendre quelqu'un rapper que "George Bush (le) laisse bouche bée" n'a rien de bien enthousiasmant... Dur de sauvegarder quelque chose de franchement emballant donc.

Si certains spectateurs masculins auront pu se délecter d'une qualité d'image assez étrange sur l'écran vidéo qui laissait presque croire que l'une des deux soeurs Rosie était en soutien gorge, c'est sans conteste aux premiers rangs qu'il fallait se trouver pour apprécier au mieux la performance de Devendra Banhart. Et quoi de plus approprié que les textes du jeune américain pour disséquer ce concert ?

"It's a sight to behold" : en effet, alors que l'on pouvait raisonnablement s'attendre à une performance intimiste en solitaire, voilà le Devendra qui débarque accompagné d'un backing band que l'on qualifiera de "de luxe" et répondant au nom de The Queens Of Shiva. Les introductions du bonhomme nous apprenant que le tordant bassiste barbu Kyle Field officie d'habitude au sein des Little Wings (dont Banhart reprendra ce soir Look At What The Light Did Now), les autres membres étant en provenance de Vetiver (Andy Cabic) mais aussi de Yume Bitsu et plus étonnamment de Jackie O' Motherfucker (le guitariste aux solos fous). Une drôle de troupe donc, auquel se rajoute un batteur-panda. Adieu donc la séance intime prévue (seul le début du rappel verra Banhart affronter son public en solo), place donc à un "tout peut arriver ce soir" salvateur.

"Let's have another, another, another, another, another, another (à répéter à l'infini) glass of wine" : Banhart et ses sbires ont en effet l'air d'être dans un état sacrément euphorique. Kyle Field a beau rappeler qu'il y a des affiches "No drugs" un petit peu partout dans la salle, les autres rigolent doucement... et prétendent ne pas les avoir vues ! Joyeusement pas très nette, la bande n'hésite pas à se lancer dans des discussions entre les morceaux parfois interminables mais très souvent hilarantes. Exemple : comment les new-yorkais font chuter la pression en utilisant tous leur chasse d'eau au même moment pendant les pubs. Un exemple parmi tant d'autres qui prouve bel et bien que le groupe est là pour défendre les deux albums de Banhart sortis cette année, mais aussi pour prendre du bon temps. Et surtout nous en offrir.

"Will is a good friend of mine" : on doute fort que les paroles de Will Is My Friend fassent référence à Will Oldham mais la comparaison entre ces deux là paraît inévitable au niveau scénique tant Banhart semble adorer interpréter ses compositions de façons diverses et variées, boostant ainsi Be Kind ou rendant le fameux Will Is My Friend encore plus formidable que la déjà parfaite version studio. On retrouve chez ces deux énormes songwriters la capacité de faire n'importe quoi tout en réussissant à en sortir quelque chose de touchant. Le "hobobo" allant même jusqu'à confier un instrument à un membre du public qui se voit aussitôt célébré par un morceau improvisé aussi court que désopilant.

"I want to move to Jamaica" : alors que l'on a déjà eu droit à Rejoicing In The Hands et Nino Rojo cette année, il se pourrait bien qu'un album orienté reggae ne voit le jour avant que 2004 ne s'éclipse. En guise d'apéritif Banhart affirme "I am a white reggae troll" lors d'un dernier morceau à la rythmique ralentie et psychédéliquement kingstonienne qui durera facilement un quart d'heure. De quoi vraiment perdre la boule. Et on se dit qu'il s'en faudrait peu pour que ne sorte un disque hip hop vu la prestation démentielle de Kyle Field, "the best rapper in the world" avec ses rhymes bricolées hilarantes ("I was walking round the gym the other day and I say "what the hey ?"").

La conclusion ? Tout simplement qu'il manque cruellement d'artistes de la trempe de Banhart capables de rire de tout et de n'importe quoi tout en produisant une musique fort appréciable et variée.

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