Piano Magic

+ Téléfax

Grenoble, L'art Scène - 20.10.2004

» Compte Rendu

le 03.11.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Un logo sur le mur à l'arrière de la scène, celui du label Dora Dorovitch, instigateur de cette tournée réunissant Téléfax et Piano Magic, les premiers, auteurs d'un album remarqué en 2003 (Des courbes de choses invisibles), les seconds continuant d'étoffer une discographie très homogène avec un dernier album, The troubled sleep of Piano Magic, tout d'abord sorti fin 2003 de l'autre côté des Pyrénnées chez Green UFOs, puis sur Dora Dorovitch il y a quelques mois.

C'est vers 22h30 que les cinq de Téléfax débutent leur set devant un public restreint à une trentaine de personnes seulement. Si les comparaisons avec le trident Experience/Diabologum/Programme ressurgissent inévitablement sur les parties chantées/parlées, Téléfax rappelle tout de même sur scène qu'il est un groupe à guitares et dévoile ainsi un visage plus agressif que sur album, notamment par des montées en puissance qui, lorsqu'elles atteignent les sommets, ne sont pas si éloignées de Mogwai ou de ce que Migala a pu laisser entrevoir sur sa dernière tournée. Servi par un son assez moyen (tout du moins en début de set), la formation affiche une solidité et une conviction notables qui rendent leur prestation vivante et plaisante à l'écoute. Mais le groupe ne s'appuie pas seulement sur la qualité de ses guitares et de sa basse, puisque le batteur livre une belle performance sur la longueur, qu'il s'agisse de faire évoluer la cadence (sur L'herbe envahit tout, par exemple) ou d'insuffler de la diversité et de jouer sur les nuances. A défaut d'être très original, Téléfax témoigne néanmoins d'une présence convaincante en live, avec même certains moments plutôt brillants... un groupe à suivre aux prochains épisodes.

Dans une interview accordée en mai 2002 à nos camarades du Cargo, Piano Magic confiait les aléas que comportent une tournée, citant notamment le fait de se retrouver parfois à jouer devant "à peine vingt personnes". Horaire tardif pour ce concert de Piano Magic et il ne reste effectivement plus qu'une vingtaine d'irréductibles pour y assister... en comptant les cinq de Téléfax qui ont rejoint le public. D'entrée de jeu, le quintet fixe la barre très haut avec un St Marie sur lequel apparaissent d'ores et déjà les qualités individuelles de chacun des musiciens. Les aficionados de Piano Magic savent à quel point la section rythmique du groupe soigne son travail en studio, et ce sentiment n'est nullement démenti sur scène. Ainsi, Jerome Tcherneyan se révèle-t'il comme l'archétype même du batteur "carré", passionnant à chaque instant, il rappelle parfois Shane Aspegren (Berg Sans Nipple) dans un jeu peut-être légèrement moins nuancé mais assurément plus puissant. A ses côtés, Alasdair Steer incarne le complément idéal, à travers un jeu de basse tout en souplesse et en classe, capable de donner de la rondeur (Speed the Road, Rush the Lights) ou d'impulser une dynamique omniprésente dans les compositions. Aux avant-postes, Franck Alba fait véritablement figure de guitariste-orfèvre, adepte du beau son, de l'effet minutieusement développé, si bien que le leader de toujours, Glen Johnson (voix et guitare), donnerait presque l'impression d'être en recul par rapport au reste du groupe. Mais pourtant, sa façon de déposer nonchalamment ses textes sur la musique offre un contraste vraiment bienvenu, une richesse supplémentaire à l'ensemble. Très constant dans la première moitié du set, Piano Magic franchit ensuite quelques paliers supplémentaires, distillant des inédits particulièrement énergiques, mais aussi un The End of a Dark, Tired Year somptueux dans ses évolutions, ainsi qu'une reprise du Revolution de Spacemen 3. C'est sur une version menée tambour battant de Password que le groupe clôture le concert, chaque membre quittant la scène à tour de rôle, pour ne finalement laisser que la guitare de Franck Alba et l'électronique de James Topham s'envoler dans un long drone massif et superbement bien tenu. Piano Magic aura livré un set intense, puissant, impressionnant de maîtrise et s'il est agréable d'y assister avec beaucoup d'espace autour de soi et une visibilité parfaite, on regrettera tout de même qu'un groupe d'une telle qualité ne bénéficie pas d'un public plus large. Néanmoins, les échos des autres dates de la tournée laissent à penser que Piano Magic a rencontré des auditoires plus conséquents sur sa route, un succès qui n'est vraiment pas usurpé au regard de la discographie et de la prestation scénique de Glen Johnson et des siens.

Note : quelques photos de la soirée sur le site de l'Art Scène.

Retour haut de page

Alasdair Steer, James Topham, Jerome Tcherneyan (photo Helen Woods)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.