Flaherty/Corsano

+ Tara Jane O'Neil

+ Gubbe

+ Glenn Jones

+ Jack Rose

Paris, Voutes - 08.11.2004

» Compte Rendu

le 04.12.2004 à 06:00 · par Ana C.

Textile Records (un label à suivre!) était à l'origine de cette deuxième soirée "Bag of Spoon" qui proposait une alléchante réunion d'artistes. Belle affiche donc, pour adoucir le froid imminent de l'hiver parisien, à un prix pas du tout parisien (7€). Pour autant, l'information semble être restée plutôt confidentielle, expliquant probablement la faible affluence: bien que petite, la salle des Voûtes était largement suffisante pour accueillir le valeureux public qui s'était déplacé.

Après une longue et regrettable attente qui constituera, peut-être, le principal point faible de la soirée, Gubbe ouvre les hostilités. Malgré le caractère relativement "amateur" de cette formation, auquel se sont ajoutés quelques problèmes techniques (cordes cassées, attente, affinement...), leur performance s'est révélée plus qu'honorable: dialogues intelligents entre la batterie et la guitare, complétés par de consistantes lignes de basse, qui laissent deviner de bonnes idées ainsi qu'un indéniable goût esthétique de la part des membres du groupe. Côté reproches, le manque de "métier" sur scène et, il faut l'avouer, d'une bonne voix, mais l'on gardera cependant en mémoire l'image d'une formation appartenant au vivier de projets intéressants et prometteurs.

Avec une canette de bière à la main et sous un faux air de fermier américain qui se serait retrouvé accidentellement dans Paris, Jack Rose entre ensuite en scène. Penché sur sa guitare, concentré mais manifestement à l'aise, il lui suffit de glisser quelques accords pour obtenir le silence de l'assemblée, tant il incarne l'essence même du grand guitariste. Sous les yeux d'un public attentionné, Jack Rose interprétera quatre titres, sans que l'on puisse détecter la moindre différence avec les versions album. Si cette fidélité extrême aura pu générer l'ennui ou la déception chez ceux qui sont en attente de changements, les niveaux d'intimisme atteints lors d'une telle performance sont loin d'être palpables chez soi. La beauté et la sensibilité qui émanent de ses mains n'ont pas tardé à envoûter l'auditoire, d'autant plus qu'avec une telle densité sonore, on en viendrait à chercher où sont cachés les autres musiciens pour parvenir à un tel résultat. Avant ce concert, les compositions de Jack Rose auraient pu laisser imaginer un travail considérable sur la production ou les arrangements, mais force est de constater qu'il n'en est rien! Sympathique et doté d'un côté campagnard attachant, d'une ironie typiquement américaine, il se livre quelque peu en s'adressant au public, confiant ainsi qu'il venait de Philadephie... où, au moins, John Kerry l'avait emporté! Son set se termine par une invitation, Glenn Jones le rejoignant sur scène le temps d'un ultime et grand morceau pour un duo tonitruant.

C'est justement Glenn Jones qui enchaîne, dès l'instant où Jack Rose a repris sa place dans la salle. Il se présente et en profite pour présenter son prédécesseur (qui n'avait pas pris la peine de le faire!) avant d'attaquer sa propre prestation. Tout aussi impressionnants et d'une beauté époustouflante, ses titres se sont succédés de façon naturelle, envahissant tout l'espace à l'image du set précédent. On relèvera notamment le morceau Sphinx Unto Curious Men, composé -comme il nous l'apprend- après une visite au cimetière, à la mémoire de John Fahey, dont il s'est présenté comme un fervent admirateur (tout comme Rose l'est aussi). L'instant est sublime, il tire parfois les larmes et provoque la chair de poule. Plus ouvert et plus bavard que Jack Rose, Glenn Jones confesse quant à lui, que venant d'un état républicain, la musique constitue son unique échappatoire pour oublier ses soucis.

Après un nouveau long changement de plateau (ce fut décidément le point noir de cette soirée), c'est à l'appel d'un son de batterie que le public quitte le bar pour rejoindre la scène et le duo Corsano/Flaherty. Paul Flaherty, saxophoniste notoire avec plus d'une vingtaine de disques à son actif, n'a pas tardé à laisser entrevoir l'étendue de ses talents. Au delà de la surprenante dichotomie "jeune batteur vs Père Noël", sa présence fait figure de valeur ajoutée par rapport à un quelconque live orienté free-jazz: le dynamisme avant tout, au-delà de la seule improvisation et de la maîtrise technique. Impossible aussi de rester impassible devant le jeu de Corsano. Un rythme épuisant, exténuant, qui révèle là aussi qu'au delà de la technique remarquable, notre homme est doté de capacités d'interprétation qui dépassent les frontières du jazz pour se loger parfois dans des rythmiques manifestement plus rock. D'autre part, le côté délirant de Flaherty et le caractère expérimental de son saxophone (sans tomber dans une connotation hermétique et intello) correspond pleinement au jeu de son camarade batteur, pour un concert qui surprend autant qu'il force l'admiration.

Pour mettre un point final à cette soirée, Tara Jane O'Neil prend place sur la scène. A ses côtés, Kristina Davies se chargeait des claviers, des samplers, du mélodica et de la seconde voix. Séduisante mais visiblement fatiguée (sans doute la longue attente aura-t'elle pesé), TJO n'aura joué qu'une courte demie-heure. Devant un public de plus en plus clairsemé (bien souvent en raison des horaires de trains, de métros...), la jeune femme originaire du Kentucky a interprété une demie-douzaine de titres tirés de son excellent You Sound, Reflect. Boucles de guitares, sons des grelots et d'autres gadgets samplés, chant minimaliste... les éléments étaient bien là, mais quelque chose n'a pas fonctionné et l'ensemble a été loin d'atteindre le niveau des versions originales, provoquant une sensation de lassitude et un sentiment d'amertume. Une conclusion finalement assez décevante, pour ce qui restera, malgré tout, une très bonne soirée.

  • Quelques photos de la soirée, signées Laurent Orseau, sur le site d'Hinah.
  • Le site de Textile.

Retour haut de page

Chris Corsano (photo: Stefano Giovannini)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.