Slint

+ Monade

Londres (uk), The Forum - 01.03.2005

» Compte Rendu

le 09.03.2005 à 12:00 · par Arnaud G.

Le froid et la pluie avaient beau tomber ce 1er mars sur Londres, les vendeurs de billets à la sauvette n'étaient pas le moins du monde découragés. Autant les comprendre, les deux concerts de Slint dans la vaste salle du Forum au nord de Londres affichaient complet depuis des lustres, les prix au marché noir s'envolaient.

Quatorze ans après la (première?) séparation, Slint s'affiche donc en tête de quelques concerts pour la plupart "sold out", et pour des raisons obscures ("le fun", "le fric", ou "botter les fesses des groupes "deux positions: lent, rapide"", au choix), et c'est donc dans cette large salle que Slint décide de jouer. Pas de doute, on aurait quand même nettement préféré le pub du coin.

Mais avant Slint, Monade. Le quatuor de Laetitia Sadier a de belles cordes à son arc, mélodies sucrées, petites bulles amères, mais la (li)monade ne prend pas vraiment: le groupe a l'air un peu perdu sur scène, et les chansons se dispersent alors dans les conversations diverses et variées, les gobelets de bière écrasés et le plafond à quinze mètres du sol. Malgré des envolées vocales toujours un peu semblables, les mélodies sont tout de même accrocheuses, et le groupe devient même vraiment séduisant quand tout cela s'excite un peu.

Après une interminable attente, Slint arrive enfin sur scène. Peu disposé à entamer un brin de discussion avec le public, le groupe commence avec un For Dinner fragile, pas vraiment convaincant, et terriblement à contre-courant de ce qui se fait généralement: commencer par un tube, une chanson brutale, et mettre le public une bonne fois pour toute dans sa poche ne semble pas être la priorité du groupe (et l'absence de mugs, tapis pour souris, porte-clés, magnets à l'effigie de Slint nous rassure sur les prétextes de la reformation du groupe). Mais de là à commencer par leur morceau le plus neurasthénique, on ne peut qu'admirer la prise de risque. Qui s'arrêtera là puisque le groupe joue note pour note les chansons de leurs trois disques, soit tout Spiderland, Glenn et Rhoda de leur EP et quelques chansons de Tweez, ce qui finalement tient plus du patchwork que de la cohésion.

Les versants hardcore de Tweez confrontés à la fusion rêche de Spiderland sont sans pitié pour les morceaux de leur premier album: le respect que l'on a pour Tweez ne tient presque que parce qu'il fut le prédécesseur de Spiderland, mais pas parce que ce disque est très bon.

Sur scène aussi Slint ne fait rien comme tout le monde, Brian McMahan est de profil à gauche de la scène, ne décoche pas un mot et s'en tient à une attitude Michniakesque, poings dans les poches de son sweat à capuche, le bassiste (un ancien The For Carnation, un nouveau Shipping News) semblant lui en pleine méditation.

Difficile pourtant d'interpréter cette attitude comme du mépris: Slint semble pousser un peu plus loin l'esprit de Spiderland en l'invoquant sur scène. L'ultime (?) album du groupe était une vraie ode au silence, et Slint nous refait devant nos yeux le même coup: la musique se suffit a elle-même, pas la peine d'instaurer un dialogue factice et convenu. Pas de mots, pas de gestes inutiles, pas de faux rappels écrits à l'avance sur la setlist. A côté, l'arrogance parfois supposée de Mogwai ressemblerait plutôt à un spectacle comique!

Et puis de toute façon, quel rappel serait plus digne d'intérêt que les deux dernières chansons de leur set ?

Soit tout d'abord un Washer du feu de Dieu dont la montée finale était attendue par toute la salle, et surtout pour finir un Good Morning, Captain inoubliable, le chant de Brian McMahan semblant définitivement retrouver un peu de sa verdeur, de son coté fou et hypnotique lors du final "I miss you !".

Et c'est sur ces mots que s'achevait alors un concert placé sous le signe du paradoxe, avec d'un coté une froideur glaciale prompte a se mettre à dos une bonne partie du public et de l'autre le fait de voir devant ses yeux un groupe que l'on vénère. Sentiments contrastés qu'on espère jamais assombris par quoi que ce soit qui ressemblerait de près ou de loin à une reformation sur disque.

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Photo Concert Slint, Londres (uk), The Forum, le 01.03.2005

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