Arcade Fire

Paris, Le Nouveau Casino - 10.03.2005

» Compte Rendu

le 13.03.2005 à 18:00 · par Ana C.

En plein milieu du syndrome Funeral et les canadiens faisant à retardement l’objet des éloges des médias européens, nombreux se sont rendus au Nouveau Casino ce jeudi pour constater si Arcade Fire était vraiment "the next big thing" ou, tout simplement, un nouveau fiasco de plus. Curieux, sceptiques, fans qui écoutent Funeral en boucle depuis sa sortie outre atlantique en 2004, tous étaient donc là et n’auraient raté pour rien au monde le jour du jugement.

Et on n’hésitera pas à clamer haut et fort qu’Arcade Fire est sorti de l’épreuve du feu victorieux. Forcément. Après un concert dont les compositions tirées principalement de leur premier album ont réussi à maintenir le rythme à un grand niveau d’intensité – la maîtrise de la setlist restant un facteur décisif dont assez peu d’artistes peuvent finalement s’enorgueillir -, on ne tournera plus sept fois sa langue dans sa bouche avant de signaler cette formation comme l'une des révélations phénomènes de ces dernier temps. En effet, si la pop était en quête d’un élan rénovateur voici des auteurs incendiaires potentiels. Arcade Fire convainc. Plus, comme une bande de voyous adolescents décidés à tout renverser (brûler?) et surtout à s’amuser, ils enivrent. Ils nous désarment et nous rendent amoureux par leur spontanéité, leur attitude théâtrale jamais faussement affectée mais surtout leur volonté de proximité et de partage avec les gens -ah, cet accent montréalais de Regine !-. On adore, et ce n’est pas évident d’expliquer pourquoi : probablement au-delà de sa profondeur, pour sa beauté, parce qu'avec de tels crescendos capables de faire chanter (sérieusement, on parle bien du public parisien!) des refrains du style "oooh", "ah ah", et de mettre le sourire sur les visages de tous les assistants, il s’avère difficile de ne pas se laisser séduire. Chants a capella, hurlements constants, la scène devient le terrain parfait pour le mouvement incessant des membres. Là, indépendamment de si l’on aime leur jeu ou non, personne n’osera mettre en question l’efficacité de la performance. Sept personnes sur scène font beaucoup de monde, mais quand ils se lâchent de la façon dont ils le font, en parfaite symbiose, il n’y a personne qui parait de trop. Multi instrumentistes loin de la virtuosité, ils n’en ont de toute façon nul besoin pour réussir ces belles compositions qui ne se basent pas précisément sur la complexité musicale mais plutôt dans la conjonction des différents éléments et une interprétation nerveuse rayonnant la saine folie.

Dès Wake Up qui ouvrait la soirée, jusqu’au rappel durant lequel ils sont venus s’immiscer dans le public et leurs vivats, il y eut d’innombrables grands moments. The Crown of Love, Haiti ou Neighbourhood #2 n’auront pas déçu. Elles ont connu des interprétations autres que sur disque mais vraiment au moins toutes aussi efficaces. Seul reproche : un certain manque de maîtrise du son qui a assombri quelques titres en les empêchant d’amener le public à l’extase totale.

Quelque chose s’est irrémédiablement passé ce soir et même ceux qui se dépêchaient de récupérer leur attitude éternellement corrosive et cynique du genre « d’autre part, ils n’ont rien inventé » avaient du mal à se débarrasser de leur sourire béat. Un vrai shoot d’optimisme qui donnera encore beaucoup à parler. Le 16 mai à l’Elysée Montmartre, par exemple.

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Photo Concert Arcade Fire, Paris, Le Nouveau Casino, le 10.03.2005

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