Tarentel

Berne (ch), Reitschule - 22.04.2005

» Compte Rendu

le 14.05.2005 à 12:00 · par Constantin D.

D'après les dires des membres du groupe et de leurs tourneurs, beaucoup de gens venant assister aux derniers concerts de Tarentel s'avouaient plutôt déçus, du moins surpris. C'est compréhensible parce que le groupe a certainement beaucoup changé depuis l'album qui les a fait connaître, From Bone to Satellite en 1999, et qui appelait à beaucoup de références (Labradford, GY!BE, voire Mogwai) aujourd'hui trompeuses. Cela fait déjà longtemps que Tarentel n'a plus le son de ce premier album, mais cette fois, tout a encore changé même depuis la dernière sortie en LP, We Move Through Weather, en novembre 2004. La nouvelle formation, qui a déjà deux ans, en trio avec les deux membres originaux Danny Grody et Jefre Cantu-Ledesma et l'ex-batteur de Sonna, Jim Redd, a vraiment fait prendre une nouvelle forme au groupe, un nouveau départ. Depuis la dernière tournée au Japon avec Fly Pan Am et Mono, l'intégralité des concerts est improvisée, sans aucune référence aux disques. Connaître par coeur We Move Through Weather n'est d'aucune utilité pour profiter de la performance de Tarentel.

C'est peut-être pour ces raisons que ce qui commençait plutôt mou s'est trouvé être assez exceptionnel. Programmé à 22 heures, avec Tarwater en première partie, tout ça commençait plutôt tardivement, d'autant plus que la salle, sorte de grande grange au très haut plafond, mettait bien du temps à se remplir. Le Fly Pan Am en fond sonore sur la platine, une ambiance décalée s'installe. En fait, ce qui pouvait certainement contenir plusieurs centaines de personnes n'a pas été occupé par plus d'une bonne trentaine au final, et en général peu de gens étaient apparemment venus pour voir le groupe et se trouvaient plutôt là par hasard. Durant le set d'une bonne cinquantaine de minutes, les réactions étaient variées, entre ceux qui abandonnaient rapidement, ceux qui rentraient, attirés par le son depuis l'extérieur... Le groupe s'en est donné à coeur joie sur ce public "page blanche".

Danny Grody à gauche, assis, la guitare sur les genoux, Jefre Cantu face à lui agenouillé devant l'ordinateur portable, et derrière eux, Jim Redd et sa batterie, placée sur une petite estrade. Et derrière lui, l'écran blanc, sur lequel sont projetés, à chaque concert, les films 8mm de Paul Clipson, véritable quatrième membre du groupe. A vrai dire, le set est d'abord l'objet d'un drôle de décalage entre ce que l'on entend et ce que l'on voit, car on ne saurait plus vraiment dire d'où viennent les sons, seule la batterie conserve encore une présence directe. Pour le reste, difficile de dire qui fait quoi, d'abord parce que le noir presque total est requis pour la projection, et ensuite parce que tous les sons joués sont aussi transmis à chacun des autres musiciens, qui peut ainsi les retraiter à sa guise, les replacer dans le flux avec des effets, du delay... Bref, ça devient vite un joyeux bordel, un grand mix sonore étrange et envoûtant. Parfois Redd disparaît, quitte la batterie pour aller trifouiller une table de mixage, invisible... ou bien Cantu se lève, va chercher un hochet, secouant les grelots comme un forcené, comme s'il essayait d'en faire sortir une quintessence; ou encore promène un micro devant un ampli, produisant des larsens divers et variés. Mais il y aussi des moments plus calmes, où tout se réduit à une sorte de filet de gaz... Redd derrière un piano droit, égrenant quelques notes aiguës. Et on en vient même à entendre le projecteur 8mm qui tourne au-dessus de la tête du maigre public.

Maigre mais, apparemment, conquis. Contre toute attente, après cinquante minutes de son ininterrompu, les quelques applaudissements ramènent Cantu et Grody sur la scène. Ils rappellent Redd, déjà au fond auprès des CD. 'Nothing happens without this man', dit Cantu, montrant bien à quel point Redd n'est pas seulement un autre membre parmi les nombreux collaborateurs passés de Cantu & Grody, mais le ciment d'un nouveau Tarentel. Pour terminer, le groupe exécute donc un bon quart d'heure supplémentaire, avec un plaisir de jouer manifeste.

Changeant, Tarentel l'a toujours été, depuis ses débuts. Mais avec la formation actuelle et la tournure toute improvisée qu'elle a pris, le groupe est devenu un véritable OVNI, étranger à tout genre, prêt à tout (se limiter à la guitare ou s'élargir jusqu'à la musique concrète) du moment que le son est là. Etrange, intense, et tout à la fois immédiat et accessible à tout ceux qui veulent bien rentrer dans le flux...

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