Alamo Race Track

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Evreux, Festival RDTSE - 24.06.2005

» Compte Rendu

le 27.06.2005 à 06:00 · par Thomas F.

Les épaules rouge écrevisse de la brune chanteuse des Sons and Daughters en témoignent de manière ostentatoire : non il ne pleut pas 365 jours par an en Normandie. C’est bien sous un soleil et une chaleur accablants que les écossais sont chargés ce vendredi après-midi d’inaugurer la 22ème édition du Rock Dans Tous Ses Etats. Le festival normand a atteint une noble maturité (20000 personnes attendues, organisation bien rôdée, bénévoles toujours motivés…) et de l’aveu de nombreux adeptes leur a justement enfin permis de situer Evreux, la préfecture de l’Eure, sur une carte météo. Malgré donc des conditions peu compatibles avec la hargne crépusculaire des compositions du quatuor de Glasgow ainsi qu’une scène peut être un peu trop large pour lui, son country rock brut, pensé par et pour le live, laisse peu de temps morts. A vrai dire, avec un set d’une telle homogénéité, tendu mais sans redondance, on comprend mal comment leur album Repulsion Box -qui sort ces jours-ci- peine tant à convaincre ceux là même qui avaient encensé la réédition par Domino de leur séminal mini LP Love the Cup l’an dernier. Peut être ont-ils laissé outre-Manche leurs titres les moins convaincants ? Souhaitons en tout cas que cet accueil critique tiède ne nous privera pas prématurément du plaisir de voir évoluer derrière sa basse ou sa mandoline la livide, discrète et néanmoins exquise Ailidh Lennon

Du rouge écarlate au orange, il n’y a que quelques secondes et à peine plus de pas, ceux qui nous mènent jusqu’à la scène B. Suite à l’annulation de Kinski, ce sont en effet les hollandais d’Alamo Race Track qui sont dans les starting blocks sur ce qu’il est au fil des années de plus en plus incongru de qualifier de « petite scène ». Emoustillé par les chroniques élogieuses reçues par leur Birds At Home, faisant pour la majorité référence à Television, Deus et Sparklehorse, j’en attendais forcément trop. Si la filiation au plus fameux des groupes belges ne souffre aucune remise en question, l’influence de Mark Linkous sur la musique des bataves m’a paru aussi peu palpable que la sortie d’un quatrième album du génial auteur de Vivadixiesubmarinetransmissionplot en 2005... Hormis cette désillusion toute personnelle, force est de reconnaître que si le groupe possède en réserve quelques progressions pertinentes et accrocheuses, sa principale originalité réside dans son batteur qui attire irrémédiablement la sympathie avec son énergie intarissable et son look à la Tahiti Bob. A leur décharge, il faut noter que les quatre musiciens ne se sont jamais démontés malgré deux coupures de courant de courte durée, seuls incidents techniques notables du week end –on a connu pire.

Retour à la scène A. C’est l’état world music du rock qui est à l’honneur cette fois avec le couple aveugle du Mali, Amadou et Mariam. Gardant un bon souvenir de leur prestation sur ce même hippodrome il y a trois quatre ans, je reste quelques minutes mais me résigne à aller voir ailleurs aux alentours du cinquantième « comment ça va ? ». En quête de spontanéité je me dirige vers la Papamobile, le nom donné à la scène semi off du festival qui a pour principale vocation d’offrir un espace significatif d’expression aux meilleurs groupes régionaux. Louable initiative que l’on ne saurait pas mieux relayer qu’en listant les liens vers les sites de ces artistes : Crumble Lane, As We Bleed, Tokyo/Overtones, Améthyste, Aminima, Alice the Goon.

Depuis deux bonnes années, la scène musicale belge explose et les programmateurs ne sont pas passés à côté de ce phénomène en allant chercher un de ses représentants les plus énervés : les Hollywood Porn Stars. Avec leur power pop siliconée au stoner, ils n’ont pas inventé la poudre mais à défaut savent la faire parler. Malheureusement pour eux, et selon les dires même du chanteur après une reprise musclée du Girls Just Wanna Have Fun de Cindy Lauper, ils passent juste avant "le meilleur groupe du monde".

Car même si il n’est pas encore vingt heures (tant pis pour ceux qui travaillaient…), les vraies têtes d’affiche du soir, ce sont bien les cinq New Yorkais de Sonic Youth, de retour à Evreux cinq ans après un passage qui avait laissé des traces ! Le groupe sait d’ailleurs se faire désirer puisqu’il faut attendre quelques grosses minutes avant de voir Jim O’Rourke (déjà là en 2000) se faufiler le premier sur scène, bientôt rejoint par les quatre membres fondateurs. D’entrée, le groupe semble afficher la même forme que celle décrite par les fans ayant déjà eu la chance d’assister à leur concert du début du mois au Art Rock de Saint Brieuc. Lee Ranaldo notamment est hilare dès qu’il repère dans le public une mandoline électrique tenue bien haut, à bout de bras, avec le message suivant : « Let me play Brother James with you »… Son propriétaire a bien fait de tenter le coup puisqu’il rejoindra assez vite le groupe survolté pour un duel guitare-banjo aux règles basiques -frottage de manches façon Highlander- qui le laissera très vite le souffle coupé. Pourtant plus jeune d’une bonne vingtaine d’années si ce n’est plus, il parait bien vieux et raisonnable alors que Thurston Moore escalade le pylône droit de la scène pour faire se balancer sa guitare devant les imposantes enceintes crachant comme il se doit un véritable mur du son. Disséminées parmi des classiques absolus, les chansons extraites de Sonic Nurse ne dépareillent pas et prouvent si besoin en était qu’on peut avoir des décennies de carrière derrière soi et toujours produire des disques excitants… Kim Gordon, dans sa robe rose très courte, se passera d'instrument et de bandoulière (façon fourrure pour la basse et rivière de diamants pour la guitare) le temps d’une danse digne d’un dervish tourneur sur Bull In The Heather. Mais le moment mémorable de ce concert restera le final avec un Express Way to Your Skull apocalyptique qui aurait presque réussi à me faire oublier que, non, il n’y a pas eu de Schizophrenia cette fois ! Partie remise à la Route du Rock ?

Toujours est-il qu’il fût par la suite bien difficile de se plonger dans le set du pourtant charismatique Sage Francis du label Anticon qui niveau barbe pourrait en remontrer à Sam Beam d’Iron and Wine...

A voir Hotel se mouvoir par spasmes à la façon des zombies du jeu Resident Evil 4, je me dis que le virus du rock est une bien belle arme non conventionnelle. Mais malheureusement même le couple de The Kills, avec sa confrontation bien rôdée et son imparable Fuck the People, ne me remettra pas d’aplomb. Retour donc à la maison sans passer par la case Banana Club et sur les complaintes engagées de Tiken Jah Fakoly.

PS : compte-rendu du jour 2 à suivre dans le courant de la semaine.

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Photo Concert Sonic Youth + The Kills + ..., Evreux, Festival RDTSE, le 24.06.2005

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