A Silver Mt. Zion

+ Alexandre Pax

Lyon, Rail Théâtre - 06.03.2004

» Compte Rendu

le 09.03.2004 à 18:00 · par Antoine D.

Pour sa deuxième tournée européenne, le Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la-band faisait escale à Lyon en ce samedi 6 mars (des raisons logistiques bien compréhensibles les ayant contraint à laisser le chour et le piano à la maison), avec une affluence inférieure à celle que GY!BE, Hangedup et Shalabi effect avaient réuni en mai 2003 au Ninkasi Kao.

Dans la pénombre, sur la droite, et posté sur une passerelle située au dessus de la fosse, Alexandre Pax, rivé devant son ordinateur portable, se charge de la première partie en administrant un drone continu de 40 minutes, basé sur des variations infimes de fréquences, qui nous emmène lorsqu'il est dans les basses vers un léger tremblement de terre (pas marteau piqueur non plus), largement moins complexe qu'une performance de Merzbow. De ce qui pourrait paraître uniforme au premier abord, il se dégage du set d'Alexandre Pax un aspect assez ludique : bouger la tête de gauche à droite rend compte du caractère oscillatoire du drone, se boucher les oreilles donne l'impression d'une bille de métal ricochant d'un tympan à l'autre comme si le son était émis directement depuis l'intérieur du cerveau et non plus comme émanant d'une source externe. Autre aspect intéressant, celui de l'investissement de l'espace par le son, parfois oppressant au point de serrer légèrement la gorge par l'intermédiaire des vibrations qu'il engendre. A défaut de fournir un set très parlant, on verra plus dans la performance d'Alexandre Pax un moyen de montrer la façon dont certains types de sons peuvent être perçus par les sens. Au moment où le drone s'arrête brutalement, beaucoup verront dans cette arrivée soudaine du silence la fin d'un calvaire sonique, d'autres en profiteront pour se livrer à quelques commentaires moqueurs et autres applaudissements ironiques. On pourra néanmoins relever le côté appréciable de ce silence, non pas en des termes de délivrance, mais plutôt comme un instant de plénitude assez reposant.

Le Silver Mt Zion entre ensuite en scène, dans un état d'esprit détendu, avec un Efrim plus communicatif qu'il ne peut l'être avec GY!BE (des conversations et quelques plaisanteries avec le public au fil du set, pour une image moins hermétique qu'à l'accoutumée). Sur la gauche, Efrim (guitare) est entouré des deux violonistes, Sophie Trudeau (GY!BE) et Jessica Moss. Au centre, Beckie Foon (aussi membre d'Esmerine) est au violoncelle, tandis que côté droit, Thierry Amar (membre de GY!BE lui aussi) officie à la contrebasse aux côtés de Scott Levine Gilmore qui permute de la guitare à la batterie en passant par le oud, et de Ian Ilavsky (ex-collaborateur de plusieurs groupes Constellation et co-fondateur du label) à la guitare. L'aspect intéressant est que le groupe propose des versions remodelées des morceaux, dans une orientation rock beaucoup plus affirmée que sur les albums. Chacun des sept membres du Silver Mt Zion intervient au chant, et globalement la performance vocale d'Efrim apparaît moins surjouée que sur This is our punk rock, même s'il reste encore ça et là quelques passages qui conservent un côté théâtral. Bien que reposant sur un schéma un peu trop systématique (phase en douceur puis envolée), les titres réservent régulièrement des moments brillants : instants poignants sur Thriumph of our tired eyes, explosions déjantées de la batterie sur Movie never made, cordes à la sauce pizzicato sur Ring them bells ou sur la fin de Babylon was built on fire. Malgré ces nombreux passages à haute intensité, le Silver Mt Zion n'est pas exempt de reproches, en raison de quelques longueurs dispensables : échange à rallonge entre le violoncelle et l'archet sur la contrebasse pendant Mountains made of steam, quand aux rafales de larsens sur Take These Hands, elles se révèlent plaisantes au départ puis assez ennuyeuses. là où un groupe tel que Sonic Youth y excelle en construisant à l'infini. Par ailleurs, la balance inégale et la qualité acoustique moyenne n'arrangent pas les choses et débouchent souvent sur la saturation des basses, ainsi qu'un étouffement des violons lorsque les guitares s'enflamment. Mis à part ces quelques points noirs, le Silver Mt Zion sait heureusement se rattraper et se présenter sous un jour meilleur : grande force émotionnelle et énergie détonante sont souvent réunies dans la seconde moitié du set, pour atteindre l'excellence. Le concert se termine sur Could've moved moutains où la batterie, détonante, d'une violence rare, guide l'ascension pour un final somptueux, achevant ainsi la belle performance globale du Silver Mt Zion Memorial Orchestra.

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A silver mt. zion (photo Eric Auv, http://lebonbonacidule.free.fr)

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