Matt Elliott

+ Josephine Foster

+ Manyfingers

+ Mi and L'au

+ Thee, Stranded Horse

Bruxelles (be), Théâtre Mercelis - 09.09.2005

Festival Dictapop

» Compte Rendu

le 26.09.2005 à 00:00 · par Erwan M.

C’est au petit théatre Mercelis, intime salle Ixelloise à capacité réduite, que l’équipe du Dictapop a choisit de fêter comme il se doit la sixième bougie du Bonheur, l’exigeante épicerie musicale Bruxelloise. La soirée débute en douceur avec Thee Stranded Horse, nouveau projet solo de Yann Encre (auteur en 2004 d’un flux entreprenant). Ici, les compositions acoustiques du français sont articulées autour d’une guitare folk et d’un Kora, instrument mandingue adopté depuis des siècles par les griots pour accompagner leurs chants épiques. Pincées ou frottées, les 21 cordes de cette harpe sénégalaise offrent un terrain de jeu sonore délicat et allusif. Posé à la verticale sur son socle, Yann s’approprie l’instrument traditionnel avec justesse et distille une atmosphère spartiate, méditative, quasi religieuse. Alternant guitare et Kora, jouant parfois même des deux instruments à la fois, le français tisse des liens entre folk rural du sud des Etats Unis et musique traditionnelle d’Afrique de l’ouest. Résolument affilié à la scène folk actuelle, (le morceau The Fiend Over Your Knees rappelle un lointain Devendra accompagné pour l’occasion par Joanna Newsom), Yann s’essaie à l’Anglais et greffe sa voix fiévreuse sur un fingerpicking épuré aux arpèges élégiaques (Sharpened Suede III). En conclusion d’un set résolument personnel, une version étirée, éthérée de So Goes The Pulse, aux strophes atrophiées et ponctuées de silences pesants. On en redemande.

Une courte pause, et le duo franco-finnois Mi and L’au prend place sur la scène. Récemment signé sur le label de Michael Gira (Young God records), et épaulé par Akron/family sur leur premier album à paraître, nous attendions la prestation du couple avec une certaine impatience, teintée d’appréhension. Crispé sur le manche de sa guitare, L’au entame les premières notes de A Word In Your Belly, ballade squelettique, aux harmonies dépouillées. A ses côtés, la finlandaise Mi, frêle blonde longiligne, regard absent et voix cristalline. Dans une atmosphère quasi austère, les morceaux s’enchaînent sans pause et dans un mutisme assez pesant. Musique en apesanteur (Philosopher) et envoûtante (Nude), fragile et amère (I’ve been watching you), à l’image d’une soirée hivernale scandinave, obscure et solitaire, invitant au recueillement. Les compositions glacées ne parviennent pourtant pas à convaincre dans leur totalité et semblent un peu trop bridées, en comparaison avec la liberté musicale récemment exportée de Finlande. On conseillera tout de même de jeter une oreille sur leur premier album éponyme, partenaire idéal des nuits automnales.

Il nous fallait une prestation plus qu’énergétique pour nous remettre sur les rails après ces deux premières performances à la tranquillité contagieuse. La pile électrique Chris Cole remplira parfaitement ce rôle avec un set speedé des plus convaincants. Sous le pseudonyme Manyfingers, le multi-instrumentiste bristolien, ancien membre de Movietone, nous donne une leçon live de (ré)création musicale. Artisan électro-acoustique, touche à tout cinématique, Cole boucle différentes couches de sons acoustiques (ici un accord de guitare, là trois notes de Kantele), subtilement ajoutées les unes aux autres via un 8 pistes et une pédale sample, développant ainsi des micro-symphonies aux progressions pyromanes. Prouesse scénique quasi ininterrompue, Manyfingers et ses doigts de fées s’essaie aux maracas, enchaîne une rythmique drum n’ bass sur son set de batterie, rajoute une harmonie sur son clavier, mixe le tout en direct pour un résultat parfaitement maîtrisé.

A mille lieux de la géniale cacophonie de l’anglais agité, La folkeuse Josephine Foster regagne dès son premier morceau le calme solennel de la salle. Profondément ancrée dans un classicisme forcené (option Joni Mitchell/Joan Baez/Shirley Collins), la voix de Foster force le respect. Perchée sur des sommets à l’aridité prononcée, le timbre vocal de l’américaine quitte rarement les hauteurs Appalaches pour redescendre en prairie (il y a un je ne sais quoi de Laura Ingalls chez Josephine !). Les arrangements à la guitares, délicats et fragiles, sont exclusivement agencés autour de cette tessiture rossignole toujours sur le fil. A l’opposé d’une Marissa Nadler emmitouflée en concert dans une réverbe inconfortable, Josephine nous révèle sa voix dans le plus simple appareil. En setlist, une sélection des morceaux du dernier opus Hazel Eyes, I will Lead You, album en partance pour se trouver dans les sommets folk de l’année 2005. Funambule timide et craintive, Foster se révèle à la hauteur de nos attentes.

Il est près d’une heure quand le dernier acte de la soirée prend les rennes en main. Matt Elliott, qui a forgé sa réputation d’expérimentateur sur le terrain de la drum n bass via les dénivelées soniques du Third Eye Foundation, revient ce soir dans un format plus sobre mais pas vraiment classique. Le set, hétérogène et sans compromis, débute avec une majestueuse version de The Kursk, l’un des titres phares du dernier album Drinking Songs. Rencontre au sommet entre une guitare veloutée, des chœurs savamment mises en boucle, entre noirceur assumée et rédemption lumineuse.

Bientôt rejoint par Mat Cole à la batterie, Elliott distille ses chansons à boire hantées et désespérées (What’s wrong, The Guilty Party) à la beauté sombre et étouffée.

Boucles de guitare, arrangements aux claviers, parties séquencées au laptop… Elliott convainc par un son personnel et exigeant. Chassez le naturel il revient au galop: le morceau final, longue montée drum n’ bass aux accents noise, conclura une soirée à la programmation riche et singulière. Le Bonheur, un recordstore qui mériterait de fêter son anniversaire tous les mois…

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Photo Concert  Josephine Foster Bruxelles (be), Théâtre Mercelis, le 09.09.2005

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