Alamo Race Track

+ Art brut

+ Mercury Rev

+ The National

+ The Wedding Present

+ Yo la Tengo

St Malo, Fort St Père - 12.08.2005

» Compte Rendu

le 12.09.2005 à 06:00 · par Eric F.

A peu près tout le monde s'accordait sur une chose avant que la Route du Rock 2005 ne débute : cette quinzième édition était sûrement la plus ambitieuse à ce jour, devant les cuvées 1998 et 2001. Bien sûr, certains pouvaient regretter l'"appât" Cure redoutant l'afflux massif d'un public plutôt inédit au Fort St Père, mais la quantité et la qualité semblaient au rendez vous de la programmation.

C'est par un temps ensoleillé que se fait notre arrivée. L'accueil par un impressionnant cortège policier qui s'amuse à arrêter bon nombre de voitures sans vraiment les fouiller et l'interdiction de camper dans les douves n'entament pas encore notre bonne humeur. Un planté de tente dans les champs voisins, quelques rafraîchissements et direction le fort. C'est Art Brut qui prend en premier possession de la scène (toujours unique mais avec sensiblement plus d’ouverture que l’an dernier). Pour une fois la programmation offre un groupe "péchu" en ouverture (ce qui n'avait plus dû arriver depuis le passage de Lift To Experience en 2001). Comme prévu, le groupe entame son set par son fameux (fumeux ?) hymne We Formed A Band. Pendant ce temps là nous engouffrons un sandwich accompagné d'une barquette de frites en se demandant ce qui nous reste le plus sur l'estomac. On en aurait presque voulu apporter une banderole "Disform your band" tant le soi disant humour troisième degré de cette troupe, que d’aucuns dont Bernard Lenoir présentent déjà comme la révélation de cette édition, fait de la peine à entendre. Au bout du deuxième morceau, copie carbone du premier, lui même déjà bien copié sur The Fall (une référence dont le chanteur prétend pourtant curieusement tout ignorer…), un premier retour à la tente s’impose. Avant une virée à l'espace presse. Ce petit aller retour nous permet de faire plus ample connaissance avec un vigile en poste à l'entrée du site dont la tête semble aussi grosse que vide et qui n'hésite pas à bander les muscles pour se faire menaçant avec les festivaliers qui ne marcheraient pas dans ses plans autoritaires. Entre temps les hollandais d'Alamo Race Track ont pris la scène d'assaut pour un set assez rentre dedans mais toutefois terni par un manque d’ampleur évident et une fâcheuse propension à singer Radiohead ou encore Interpol. A ceux qui auraient pris au pied de la lettre les incitations d’Eddie Argos, le chanteur pas drôle d’Art Broute (comme les appelle Ouest France), à quitter le festival pour monter leur propre groupe, on rappellera qu’imiter un groupe pilleur de tombes n'est jamais conseillé. On laissera toutefois aux Néerlandais le bénéfice du doute ; après tout, le groupe est encore jeune et leur album pas désagréable.

Les Yo La Tengo, eux, ne semblent pas extrêmement concernés par les trophées (vingt ans d'existence, une pelletée de groupes suiveurs…) ni par les questions qu'on leur pose. A la sortie de la conférence de presse, on croise déjà les doigts pour que ce lymphatisme ne les suive pas sur scène. En attendant la réponse, côté scène les anglais de Wedding Present arrivent à leur tour pour jouer un set constitué de morceaux de leur dernier album, celui de la reformation, mais aussi de vieilleries pour le plus grand plaisir des fans visiblement ravis. L'ouverture se fait en trombe avec un Interstate 5 magistral et annonciateur du début des choses sérieuses. On sent nettement que le niveau a augmenté d'un ton, même si tout n'est pas parfait : certains morceaux sont un peu en dessous mais l'ensemble tient bien la route (NDTF : Interstate, route… L’humour d’Eddie Argos aurait-il contaminé un nouvel hôte ?). David Gedge en bon meneur n'hésite pas à communiquer avec le public entre les titres. Avec son flegme et son humour totalement britanniques, il n'a pas de peine à recevoir de grandes ovations venant de l'imposant contingent de ses compatriotes. Si ce set n'a pas été transcendantal, il n'en aura pas moins été solide et agréable.

Quelques minutes s’écoulent pendant le réaménagement de la scène et voici venu le moment de vérifier si Yo La Tengo a laissé son apathie de l'après-midi au vestiaire. James McNew, lui, nous a encore posé un lapin pour une interview. On ne peut pas lui en vouloir puisque c'est le symbole de son projet parallèle, Dump. C'est d'ailleurs avec son Stockholm Syndrome que le concert s'envole après deux morceaux à l'orgue, dont un Autumn Sweater agréable mais sans plus. Yo La Tengo, c'est avant tout des mélodies sursaturées et le fan a doublement envie de les entendre arriver vu le nombre impressionant de gens plus occupés à brailler leur vie qu'à prêter attention à ce qui se passe sur scène. Une mauvaise habitude d'autant plus exaspérante qu'il y a suffisamment de buvettes pour ça ! A propos de break, le groupe quant à lui décide de s’en octroyer un en chantant sur les bandes de deux titres de Summer Sun, le dernier album en date du trio, tout en réalisant une chorégraphie fort amusante (NDTF : où James n’est étonnamment pas sans rappeler la prestation d’Alain Chabat dans son anecdotique film, Didier). Les guitares tant attendues pointent enfin le bout de leur larsens sur un Deeper Into Movies parfait, si ça n'est pour le son estampillé Route Du Rock, toujours aussi indigne d'un festival qui se dit "grand". En tout cas, comme le groupe l'avait promis, on a bel et bien droit à un set best of puisqu'aucun nouveau morceau ne sera joué, la setlist allant même jusqu'à revisiter le Can't Forget de Fakebook ainsi que l'exaltant Tom Courtenay dans une version particulièrement péchue. Heureusement qui dit set best of ne dit pas forcément manque de folie, et de la folie, Ira Kaplan n'en manque pas. Il faut en effet en avoir à revendre pour asséner de si longues impros bruitistes qui se transforment très lentement en intros (de mémoire, seul Black Dice avait osé plus extrême récemment). Et que dire de cette version de Nuclear War au clavier qui passe comme une lettre à la poste malgré son côté "difficile" ? Le groupe semble d'ailleurs ne pas trop avoir envie d'en finir tant il prend un malin plaisir à relancer le morceau de Sun Ra. O surprise, le trio est même autorisé à revenir sur scène et alors qu'on pouvait s'attendre à un Sugarcube envoyé en quatrième vitesse, Yo La Tengo renforce le clin d'oeil à Neil Young envoyé sur son best of en reprenant Prisoners Of Rock'n'Roll dans une version qui n'a pas à rougir face à celle du canadien. Une fin de concert idéale pour une setlist aussi déroutante que réussie. A propos de déroute justement, il est grand temps de marquer la traditionnelle pause galettes saucisses car c'est désormais au tour de Mercury Rev de jouer. Embourbé dans un surplace grandiloquent depuis deux albums, on s'étonne encore de son statut de tête d'affiche. Le son s'est un peu amélioré, mais Jonathan Donahue engoncé dans son costume étriqué, comme d'habitude en fait des tonnes. Pour ne rien alléger, un écran situé derrière la scène distille des citations illustres qui donnent un côté "philosophie de comptoir" assez risible à la prestation. Et vas-y que le chanteur prend son envol, il doit planer bien loin de son corps avec des telles gesticulations ridicules ! C'est tout de même dommage cet habillage peu reluisant tant la musique de son groupe passe mieux sur scène, ce grâce à une forte volonté de ne pas se répéter bêtement. Ce qui n'empêche pas Grasshoper de sortir ses sempiternelles notes de guitares. Pour une tête d'affiche, la réaction du public ne semble pas débordante. Mercury Rev ne fera d'ailleurs pas de rappel.

Si The National n'ont pas énormément fait parler d'eux sur la programmation (et pour cause ce fût le dernier nom annoncé), il ne fait aucun doute que le quintet aura livré un des tous meilleurs concerts de ce festival (NDTF : on a pourtant déjà connu le groupe plus habité par le passé). Menés par un Matt Beringer à l'air inquiet (ses postures étranges sur scène) tout autant que survolté (sa voix imposante quand la musique le demande) The National impressionent avec leurs pop songs délicates qui n'hésitent pas à partir vers des sphères plus tendues sans pour autant sembler rendre hommage à qui que ce soit. Le groupe qui demandait fébrilement des autographes à Yo La Tengo plus tôt dans l'après midi risque fort bien de se retrouver dans cette situation s'il continue ainsi son ascension. On retiendra de ce concert l'image du chanteur porté par la foule loin de la personne de la sécurité, complètement dépassée par son enthousiasme, à l'image de son groupe, totalement libre. On retiendra également la superbe performance du violoniste australien Padma Newsom, que l'on retrouve également aux côtés de Bryce Dessner au sein de Clogs. Avec un équipement sono digne de ce nom, ce concert aurait été tout simplement parfait.

Il est peut être quatre heures du matin quand on arrive au campement, mais il y règne une forte impression de ville fantôme. Ceci s'expliquerait-il par l'absence des dealers cette année ? Disons tout simplement qu'on a déja connu une animation plus forte par le passé...

PS : Merci à Jean Marc pour la photo de la batteuse de Yo La Tengo. Toutes ses photos de la Route du Rock pour le webzine Liability et bien d'autres encore sont visibles sur Lolitanie.com.

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