The Raveonettes

+ !!!

+ Colder

+ The Cure

+ The Organ

St Malo, Fort St Père - 13.08.2005

» Compte Rendu

le 14.09.2005 à 18:00 · par Thomas F.

Samedi, deuxième journée de la Route du Rock 2005. Lâché par des collègues qui ont, malgré un ciel gris et menaçant, préféré les goélands des plages voisines de Cancale aux corbeaux qui ont envahi le fort ce jour (obligeant les organisateurs à étendre hâtivement le camping au parking), ma principale consolation réside dans la perspective d’assister à la conférence de presse des Raveonettes. Pas de chance, celle-ci est sans cesse repoussée, le groupe ayant été semble-t-il surpris par les bouchons provoqués aux abords du site par l’afflux des hordes de Curistes… A priori ce n’a pas été un si mauvais calcul que de passer outre le dj set malouin de Sébastien Schuller à la plage et l’étrange affiche du Palais du Grand Large qui faisait se côtoyer l’exaspérante Camille (privée de baignade cette année?) et les très posés canadiens de Great Lake Swimmers.

Car pour rester dans l’export du pays musicalement en vogue du moment et à défaut d’Arcade Fire (loupés l’été dernier et partis ce week end au Japon pour un plus gros cachet) ou de Wolf Parade (eux pourtant libres a priori et présents en Scandinavie quelques jours plus tôt… Des regrets l’an prochain?), il aurait été dommage de rater des bribes du concert des cinq filles de The Organ, toutes droites venues de Vancouver pour leur première date en France. Et visiblement une des plus grosses de leur courte carrière puisque la chanteuse prendra, émue, une photographie du public à la fin du set de son groupe pour, je cite, prouver à leurs familles que oui, elles ont bien joué devant des milliers de personnes en Europe. A la décharge de ces parents sceptiques, on notera que si le jeu de scène de la guitariste demeure toujours aussi rigide et la reproduction live de l’album Grab that gun -distribué depuis peu en France par Talitres- ne perd pas un peu en sagesse et application, elles ne devraient pas à l’avenir se ruiner en développement photo. Mais qu’à cela ne tienne, le quintet dégage avant tout une innocence réjouissante et n’a aucune peine à contenter les oreilles de festivaliers qui espèrent depuis 15 éditions la venue du Moz à Saint Père avec sa maîtrisée resucée au féminin de guitares britanniques 80’s à la Cure et le timbre Morrissey-esque de la chanteuse androgyne Katie Sketch. A moins que ce ne soit des guitares à la Johnny Marr et un chant à la Robert Smith comme ironisera plus tard cette dernière, passablement agacée par la comparaison systématique.

Les comparaisons, ce n’est en revanche sûrement pas ce qui embarrasse le parisien Marc Nguyen Tan. De son alias, Colder, à sa musique ultra référencée cold wave (Joy Division en premier lieu), lui semble même plutôt courir après. Surprenant d’abord positivement par son attitude rock harangueuse et la présence de vrais musiciens à ses côtés alors qu’à l’écoute des deux albums déjà disponibles, relativement électroniques, on attendait plutôt un leader solitaire réfugié derrière une montagne de laptops, sa prestation lasse pourtant sur la longueur car trop uniforme. J’en profite donc pour me diriger vers le stand merchandising histoire de voir si il n’y aurait pas moyen de se procurer une version anglaise du dernier album des Raveonettes, Pretty in Black, qui, avec ses bonus, remplacerait avantageusement mon import us. Peine perdue : le comptoir est lui aussi littéralement pris d’assaut par un rideau de répliques de Robert Smith et autres princesses gothiques, pas forcément toutes jolies jolies en noir, qui s’arrachent à un tarif exorbitant les t shirts spécialement imprimés pour la tournée estivale de The Cure et les Danois, quant à eux, ne proposent finalement aucun article à la vente. Tant pis.

Les Raveonettes entrent en scène vers 22h30 et c’est bien le principal. Le très sympathique duo mené par le brun Sune Rose Wagner, qui a particulièrement soigné le maquillage au charbon de ses yeux ce soir (décidément...), et la grande blonde platine Sharin Foo, ravissante en robe champêtre, est entouré de trois musiciens. On connaissait déjà le batteur à la précision redoutable et le guitariste showman, on découvre donc le bassiste qui niveau charisme détonne un peu. Sharin a bien laissé tomber la basse mais elle a encore plus d’allure avec sa grosse guitare rouge et son regard écarquillé qui perce à des kilomètres suffit à faire oublier les grosses gouttes de pluie qui commencent à tomber. Sune qui avouait plus tôt qu’il rêverait de devenir un compositeur de bandes originales de films tranquille dans son studio a cependant fait des progrès notables au niveau de sa présence au chant par rapport aux concerts français d’il y a deux ans. Mêlant les titres plus posés issus du dernier opus -qui sort enfin en France fin septembre- et les tubes abrasifs qui les ont révélés (Attack Of The Ghost Riders, That Great Love Sound…), ils prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leur goût pour les murs du son power pop –il n’est d’ailleurs pas exclu que le prochain LP retourne à cette identité sonore, à moins qu’il ne s’agisse d’un concept album interprété exclusivement au ukulélé, un instrument apparemment beaucoup joué dans le tour bus. Moe Tucker ne supportant pas de prendre l’avion et Ronnie Spector étant jugée trop perfectionniste (pour ne pas dire plus), ce sont évidemment des bandes de substitution qui sont utilisées respectivement sur Red Tan et le chatoyant Ode to L.A. à la place de ces invitées de marque ; Là encore le groupe maîtrise l’exercice avec aisance et naturel. Ce concert parfait, très pro mais pas rasant, doté d’un son très correct, se conclut sur un Twilight à rallonge. Toujours aussi tourné vers Blondie, ce tube en puissance fricote dangereusement avec ces 80’s que Sharin Foo prétend pourtant abhorrer, en particulier à cause des vilaines tendances capillaires de l’époque.

Ce n’est pas l’apparition quelques grosses minutes plus tard du très attendu Robert Smith, plus nounours que jamais, et de son inénarrable touffe de cheveux en pétard qui nous fera douter de la clairvoyance de la musicienne aux origines asiatiques. Avec la réédition au début de l’été de la trilogie Pornography, on ne s’attend pas à un set best of comme par exemple celui de Yo La Tengo hier. Le énième changement de lineup survenu quelques semaines auparavant ayant remisé les synthés au placard pour faire la part encore plus belle aux guitares nous conforte dans cette idée. Pourtant, c’est avec le trio Plainsong, Open et Fascination Street que le quatuor entame ce long concert annoncé ; exceptionnellement 5 groupes seulement ont été programmés ce soir au lieu de 6 afin de permettre à The Cure de se produire deux heures durant minimum. Je n’aurai pas le courage de chronométrer l’événement. Après m’être fait écraser les pieds pour la millième fois de la soirée environ, je m’extirpe de la foule compacte sur A night like this pour aller respirer ailleurs. 12000 personnes dans l’enceinte du fort, le double de la veille, même si c’est très positif pour le festival et les futurs projets des organisateurs, c’est rapidement insupportable pour le spectateur moyen. Ni l’attitude apathico-hypnotique de Smith ni la perspective de voir les !!! conclure la soirée ne m’encouragent à rester. Puisque la qualité d’une affiche de festival se jauge à sa capacité à satisfaire toutes les sensibilités présentes, je m’abstiendrais de tout propos désobligeant à l’égard des "Chk Chk Chk" qui le lendemain semblaient avoir remporté l’adhésion des festivaliers les plus enclins à danser ou plutôt se déchainer. Vous ne me verrez donc pas écrire que, de mon point de vue, ce groupe et pendant qu’on y est toute la clique DFA est à peu près ce qui est arrivé de pire à la musique depuis le big beat des Fat Boy Slim et autres Lo Fidelity All Stars... Ah finalement, The Cure auront même joué Boys don’t cry et Just like heaven alors je ne ferai aucune prévision fantaisiste sur la seixième édition de la Route du Rock. Surtout qu’on parle déjà de Radiohead comme über tête d’affiche.

PS : Merci à Jean Marc pour la photo de la chanteuse des Raveonettes. Toutes ses photos de la Route du Rock pour le webzine Liability et bien d'autres encore sont visibles sur Lolitanie.com.

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Photo Concert The Cure + Colder + ..., St Malo, Fort St Père, le 13.08.2005

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