Jeffrey Lewis

+ Schwervon

Rennes, Le jardin moderne - 27.10.2005

» Compte Rendu

le 29.10.2005 à 18:00 · par Eric F.

Petite déception pour cette soirée consacrant deux groupes "stars" de la "scène Antifolk" new-yorkaise : la salle du Jardin Moderne est bien loin d'être remplie ce soir (elle n'a pourtant rien de la taille d'un Zenith...). Mais Jeffrey Lewis et sa troupe (son frère Jack à la basse et David, leur nouveau batteur) n'en ont cure.

Major Matt Mason et Nan Turner non plus d'ailleurs. Le couple lance la soirée de manière plutôt réussie : si Schwervon est en pleine réalisation de son troisième album, le duo ne jouera (presque) que des titres issus de ses deux précédents albums. Si le set commence assez calmement, l'accélération arrive bien assez tôt : un enchaînement Bad Music-Rosin fait des ravages et conquit le public. Le temps de raconter un peu sa vie que le duo remet ça avec l'excitant (dans tous les sens du terme) Diner. Le concert ne connaîtra pas beaucoup de temps morts et le couple annonce sans hypocrisie son plaisir à jouer à Rennes pour la première fois, malgré le public clairsemé. Ce qui ne les empêche en tout cas pas de faire plaisir aux présents, en délivrant un Swamp Thing rugueux et enjolivé par une belle improvisation inaugurale. Leur chauffeur (qui joue aussi dans un groupe appelé Vermont) monte sur scène afin de faire les choeurs sur l'explosif Schwervon et pour jouer quelques lignes de basse. Le tout affublé de ravissantes oreilles de chat, qui rappellent sans doute à Matt et Nan leur matou Gummo, laissé à New York à contre-coeur. Le tout tient extrêmement bien la route, chacun se regardant comme s'il se demandait ce qu'il fallait faire, mais la cohésion est au rendez-vous, sans aucun problèmes.

Après un Goodbye de rigueur et réussi, le duo offre un rappel (sans avoir quitté la scène) en envoyant à fond la caisse le célèbre Surfin' Bird des Trashmen. L'occasion aussi pour Matt de se laisser aller vocalement, à la plus grande surprise de sa compagne, hilare. Voilà qui est bien agréable quand un groupe prend autant de plaisir que son public...

Avec son disque prêt à sortir dans quelques jours (mais chut, il veut laisser croire aux médias que c'est pour fin novembre), Jeffrey Lewis prend la scène d'assaut avec ses deux compères. Lui qui manie si bien le dosage ritournelles / brûlots punk optera ce soir pour un set assez énervé. Cela ne l'empêchera bien sûr pas de jouer ses fameux "films" (des pages dessinées, tournées au fur et à mesure que l'histoire progresse). Ce soir, nous aurons eu droit à l'histoire de K Records (et celle de Calvin Johnson en parallèle), le communisme pour les nuls et l'hilarante histoire de Champion Jim. Que ce soit dans ses histoires, sa musique ou même sur son visage, il reste un sacré parfum d'adolescence chez Jeff Lewis. Son frère Jack n'en est pas à une facétie près et se permet d'aller s'aventurer au merchandising pendant le concert, les deux autres l'attendant patiemment tout en plaisantant avec le public. Le même genre de problèmes fera durer l'intro du spectaculaire Arrow un peu plus longtemps que prévu, renforçant involontairement le côté obsédant de la chanson, avant son explosion finale et salvatrice.

Toujours aventureux, les trois new-yorkais n'hésitent pas à se lancer dans de nouveaux titres qu'ils ne sont absolument pas certains de pouvoir maîtriser, s'en sortant pourtant avec brio à chaque fois. Au vu des morceaux joués sur scène, le nouvel album promet d'être aussi efficace que le précédent (Allez j'avoue, je l'ai entendu et c'est bel et bien le cas). On n'oublie pourtant pas le "back-catalogue" avec par exemple le tubesque Another Girl de Jack ou bien encore l'haletant (If You Shoot The Head You Kill The) Ghoul.

Si le mot Antifolk n'a absolument aucune signification pour la plupart des groupes que cette étiquette est censée abriter, la grande amitié entre les deux groupes de ce soir est évidente : Jeff dézingue l'American Girl de Schwervon pendant que le duo avait dynamité Heavy Heart pour promouvoir leur tour EP commun où chacun reprend des morceaux de l'autre. Le but ? Pouvoir amortir les frais d'essence. Une telle humilité a de quoi ravir... Nan Turner viendra prêter main forte au trio, une fois de plus fort convaincant.

A force de voir tourner tous ces fascinants artistes, on n'aura bientôt plus grand chose à envier au fameux Sidewalk Café new-yorkais...

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