Dirty Three

+ Josh T. Pearson

Nantes, Festival SOY - 31.10.2005

» Compte Rendu

le 18.11.2005 à 06:00 · par Eric F.

Tout commence en ce lundi après-midi pluvieux à la Fnac de Nantes où Josh Pearson s'apprête à donner un concert acoustique. La salle du grand magasin dédiée à ces showcases n'est pas pleine et il est bien facile d'imaginer que certains spectateurs sont là plus par curiosité qu'autre chose. L'ex (ou pas, il n'a pas l'air de trop savoir) leader de Lift to Experience arrive à peu près au moment où tout le monde s'est installé. Présentations de rigueurs, "Bonjour je suis Josh T. Pearson, je suis texan et non je n'ai pas voté pour "lui" alors c'est pas ma faute". Le ton est donné d'entrée, l'imposant guitariste prend son temps pour raconter tout et n'importe quoi avant de se lancer. Josh remarque alors une petite fille assise au premier rang, qu'il trouve adorable et précise qu'il ne veut pas lui faire mal aux oreilles, il demande cependant au public ce qu'il préférerait, un morceau calme ou bruyant. Pas vraiment de réponse et au moment où on s'y attend le moins BOUM ! le premier accord de That's the Way that Life Goes résonne (et le mot est faible) prenant tout le monde de court. Le son est énorme, un peu trop même, car la voix du texan a du mal à s'extirper de la guitare sursaturée. Certains spectateurs grisonnants sûrement attirés par la guitare acoustique n'hésitent pas à quitter la salle après cet éprouvant premier titre (de près de dix minutes, les pauvres...). Tant pis pour eux.

Presque provocateur, Pearson monte un peu plus le volume de son ampli Fender et c'est reparti pour un tour (The Clash) tout aussi long et bruyant. Nouvelle purge de spectateurs. Ceux qui restent communiquent avec le texan, qui n'hésite pas à distiller de croustillantes anecdotes. Quand on lui demandera de jouer With the World Behind, il rétorquera qu'il est "too far behind". Pas aujourd'hui donc qu'on aura droit à un titre de Lift to Experience, impossible de résister à l'envie de lui signaler que "those were the days" (une expression que Pearson utilise souvent quand on lui demande le morceau le plus connu de son groupe, These Are The Days). Hilare, il se remet à augmenter le volume; nous avons des oreilles françaises, "ça ira", nous explique-t-il. Sauf que l'un des membres de Yamoy' vient de lui demander de baisser le son. C'est à ce moment là que le concert, déjà étrange, bascule dans quelque chose de très particulier : Josh Pearson débranche sa guitare acoustique, non pas de dépit, mais afin de pouvoir venir jouer quelques titres acoustiques en plein milieu du public. Ces nouvelles compositions, marquées par un délicat fingerpicking, contrastent fort avec les morceaux précédents mais n'en sont pas moins dénuées de charme. Les personnes âgées et la petite fille présentes au début du concert auraient peut-être même apprécié...

Après ces quelques titres acoustiques, Josh Pearson ne tire pas immédiatement sa révérence, préférant nous présenter le t-shirt qu'il arbore. Quelqu'un lui fait judicieusement remarquer que son portrait ressemble à Buffalo Bill, ce qui fait bien rire l'intéressé. Après une brève discussion (sur sa participation aux championnats du monde de la barbe, entre autres), direction le Théâtre Universitaire, où Warren Ellis semble être dans une grande forme, entouré par sa femme et ses deux enfants, sagement assis devant un DVD. Après avoir papoté avec le violoniste désormais barbu, revoilà Josh Pearson qui arrive, toujours aussi peu avare d'anecdotes croustillantes sur l'époque Lift to Experience. Histoire d'éviter une nouvelle déconvenue de requête de chansons de son groupe, on met au point une demande de rappel préparée à l'avance, le tout ponctué de nombreux éclats de rires.

La salle, quant à elle, est plutôt spacieuse et agréable avec de confortables fauteuils rouges. On s'étonne quand même que cette soirée n'affiche pas complet. Les concerts de la veille (Elysian Fields avec Animal Collective et Berg sans Nipple) ont été - selon de nombreux avis - forts ennuyeux, peut-être est-ce une raison...

Josh Pearson nous la refait commère avant de commencer son set. Et une fois de plus, fait sursauter tout le monde dès son premier accord supersonique. Même punition qu'à la Fnac, certains quitteront la salle entre les morceaux mais ceux qui restent réservent un triomphe à l'excité texan, dont la voix est cette fois clairement distincte. La réaction est d'ailleurs tellement bonne que Josh Pearson jouera dix minutes de plus que ses quarante initialement prévues. Le rappel se fera spontanément tant une majorité du public semble ne pas vouloir en finir de si tôt. Ce sera donc le parfait The Devils on the Run en clôture du set, laissant espérer de très bonnes choses pour le futur album solo du barbu, qui n'a même pas l'air de trop savoir pourquoi il s'est mis à jouer de la country (sur-amplifiée, tout de même). A voir son attitude renfermée, on se dit même qu'il vient d'inventer le santiagazing... Et même s'il passe la plupart du temps le nez dans les bottes donc, Josh Pearson n'hésite pas à nous amuser, sortant blague sur blague pendant qu'il change une corde et qu'il tente ensuite de récupérer un médiator tombé dans sa guitare pendant de longues minutes. Un fort bon moment passé avec un musicien des plus humbles, donc. Dommage qu'il n'ait cependant pas osé proposer à Warren Ellis de venir l'accompagner, ce dernier avait pourtant l'air motivé.

A ce propos, le voilà qui débarque accompagné du génial Mick Turner, mais problème, Jim White n'est pas là. Ce sera donc l'occasion pour le violoniste de nous raconter ses fameuses histoires dont il a le secret. Le batteur arrive finalement, ovation méritée, et le trio se lance dans Cinders qu'il enchaîne avec une superbe version de Ever Since, où Warren Ellis lâche son violon pour une mandoline électrique. Le fantasque australien aura passé le plus clair de son temps face à Jim White (dos au public, donc) sans pour autant oublier d'assurer le spectacle, allant même jusqu'à réaliser certains sauts dignes d'un Pete Townshend déchaîné. Déchaîné ne sera pas l'option retenue pour le morceau suivant, un The Restless Waves rempli de grâce, bien que "même la vieille dame au magasin du coin, elle dit "fuck off"" (dixit Warren Ellis).

Petite incompréhension quand Ellis semble s'arrêter en brisant l'élan du concert. Il se trouve que l'australien a décidé de changer de chaussures car il a oublié d'enlever ses chaussures neuves, puisque "c'est bien connu, pas de vêtements neufs dans le rock, les enfants !" (?!?).

On voyage ensuite encore un peu plus loin dans le temps avec Hope, tiré du fougueux Horse Stories. Jim White est une nouvelle fois énervant tant il est parfait, le voilà qui s'amuse a faire rouler ses baguettes sur sa caisse claire pour les changer de main, tout en assurant la rythmique. Y a-t-il un batteur qui lui est supérieur dans le monde du rock indé ? Après ce concert, on a fort envie de répondre par la négative...

Le dirty Three enchaîne ensuite sur trois titres de son nouvel album, Amy, Sad Sexy et The Zither Player. Si le membre additionnel de Califone qui accompagnait le groupe aux Etats-Unis n'a pas fait le déplacement, on ne s'en plaindra pourtant pas une seule seconde tant le trio joue serré et compact. Par conséquent, pas mal de morceaux passent automatiquement à la trappe (vous imaginez Doris sans sa cornemuse ?). The Zither Player, reprise du violoniste hongrois Felix Lajko, est le morceau de Cinder qui se rapproche le plus des fameux "fusils de la Nasa" si chers à Warren Ellis.

En parlant de ceux-ci, Warren Ellis annonce avec une nouvelle introduction abracadabrante (le clip du morceau est plein de cowboys, les gamins en Australie jouent ce morceau sur leur guitare acoustique au lieu de reprendre Hotel California, Mr American Pie... ou même Ca Plane pour Moi) le "mythique" Everything's Fucked, qui n'a toujours pas pris une ride. Mick Turner reste comme toujours impassible dans son coin, sans oublier de délivrer ses somptueuses notes cristallines de guitare. Bien que celui ci soit arrivé d'Australie en avion le jour même (tandis que Jim White était lui en provenance de New York), le trio semble en pleine possession de ses moyens et le prouvera définitivement avec un Sue's Last Ride d'anthologie, sur lequel on est à peu près passé par toutes les émotions possibles et imaginables.

C'est sur ce coup de tonnerre que le groupe quitte la scène. Heureusement qu'à l'inverse de leur dernier concert français (au Café de la danse, il y a deux ans), nous aurons droit à un rappel. Warren Ellis fait d'ailleurs appel à nous pour savoir quoi jouer. Mais il est assez difficile : pas de Indian Love Song, c'est trop long; Some Summers They Drop Like Flies ? Il y a des accords trop bizarres dedans. Eclats de rire généraux quand un spectateur demandera One Thousand fuckin' Miles, Ellis répliquant qu'il n'y a "pas de gros mots dans les titres de chansons du Dirty Three". Mais ce même spectateur aura finalement gain de cause en demandant Kim's Dirt, reprise du légendaire rockeur australien Kim Salmon. C'est sur ce petit havre de paix tout juste entaché d'une belle fulgurance en arpèges signée Mick Turner que s'achèvera le concert. Contrairement à la veille, les spectateurs semblent cette fois-ci unanimes dans le bon sens. Mais Josh Pearson semble inquiet : le public n'a pas ri sur sa dernière blague pendant son concert, nous le rassurons, c'était parce que sa chute n'était pas assez audible. Ragaillardi, le voilà qui se met à déblatérer blague sur blague, bientôt rejoint par un Mick Turner tout aussi en verve. Une petite pour la route ? (en espérant que vous ne soyez pas batteur...) : quel moyen de contraception utilise un batteur ?

Réponse : sa personnalité.

Ce fut ainsi que se termina ce concert vraiment particulier. Il ne reste plus qu'à espérer que Yamoy' nous remette une telle tournée l'an prochain...

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Jim White & Warren Ellis, 2/3 du Dirty Three

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