Calexico

+ Thomas Belhom

Bordeaux, 4 Sans - 23.10.2006

» Compte Rendu

le 01.11.2006 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Si une bonne dizaine de chansons de Calexico ont pour fond les problèmes de frontières, surtout entre les Etats-Unis et le Mexique, ce n'est certainement pas un quelconque mur qui arrêtera le collectif basé en Arizona, qui se présente face au public bordelais dans sa formation habituelle, c'est-à-dire pour le moins cosmopolite : le duo original Burns/Convertino est entouré par deux allemands - Martin Wenk à la trompette et Volker Zander à la contrebasse - un américain d'origine allemande (Paul Niehaus, pedal steel), un autre d'origine mexicaine (Jacob Valenzuela à la trompette, grande influence de la direction jazz/mariachi souvent prise par le groupe), sans oublier l'ingénieur du son hollandais Jelle Kuiper. Cette diversité culturelle explique évidemment en grande partie le caractère fédérateur de la musique du groupe, qui fait que la grande salle du 4 Sans est fort bien remplie pour un groupe dont le dernier album, Garden Ruin, moins aventureux et plus nerveux que ses prédecesseurs, a parfois été reçu avec peu d'enthousiasme.

L'enthousiasme n'aura pas été de mise pendant l'interminable première partie de Thomas Belhom, appelé pour pallier au forfait du folkeux canadien Jason Collett. Rejoint par Volker Zander à la basse à mi-concert, le multi-instrumentiste français n'a pas réussi à convaincre un public très réservé, et son parti pris de chanter dans un anglais très approximatif s'avère peu défendable. Après quelques chansons pas foncièrement désagréables mais très ennuyeuses, entrecoupées de bidouillages et de samples en tout genre, Belhom, faute de mélodies ou de véritables idées attachantes, ne laisse finalement l'impression sur ce petit concert d'avoir vu une espèce d'Andrew Bird du pauvre - même si les musiques des deux hommes n'ont finalement pas grand chose à voir.

Le 4 Sans, à l'origine une simple boîte de nuit, qui désormais abrite de nombreux concerts de rock indé, possède une particularité étrange et peu propice au live : la scène y est séparée du public de trois bons mètres en longueur et un en hauteur, distance qui réduit d'autant l'impression de proximité avec les artistes. Joey Burns, dont on voit désormais qu'il endosse sans rechigner le costume de showman, après s'être plaint de "ne pas voir le public", tentera tant bien que mal de galvaniser la calme assistance, ce qui ne se fera que lentement et péniblement. Le début de concert de Calexico est il est vrai d'une grande sobriété - deux ballades de Garden Ruin (Yours And Mine, Lucky Dime) précédent un Quattro un peu en dedans. Les choses sérieuses démarrent vraiment avec la toujours appréciée Across The Wire, et dès lors, le concert ne cessera de gagner peu à peu en intensité, doucement mais sûrement.

Les titres de la setlist se partagent entre deux tendances lourdes : rock à guitares électriques (souvent trois guitares) et ambiances jazzy-mariachi festives, les dernières étant bien sûr plébiscitées par le public. On remarque particulièrement, dans la première catégorie, une version musclée et remaniée de Not Even Stevie Nicks... allongée d'un long break bruitiste, et les titres les plus rapides de Garden Ruin sont tous passés en revue dans des versions convaincantes voire excellentes, dans lesquelles en particulier le toujours impeccable John Convertino s'en donne à coeur joie derrière les fûts (mention spéciale à Deep Down et All Systems Red et son final noisy et cathartique).

Jacob Valenzuela, qui officie au chant en espagnol, prend les choses en main sur un Ojitos Traidores (chanson mexicaine) très apprécié et contribue en grande partie à la réussite de la fin du concert, où le groupe abat d'irrésistibles cartes maîtresses telles que sa reprise de Love (Alone Again Or) et un Crystal Frontier final toujours très réjouissant, pour lequel Burns invite des membres du public à venir danser sur le devant de la scène. Le rappel profite du réchauffement de l'ambiance avec la tournerie latino Guero Canelo de clotûre (bonne occasion d'admirer les qualités de danseur de Valenzuela) précédé par l'instrumental surf Scout, tiré du premier album, en duo Burns/Convertino. Après un peu plus d'une heure quarante de spectacle, sans avoir assisté au concert de l'année, on reste donc sur une impression joyeuse et assez rassurante : celle d'avoir vu un vrai bon groupe populaire, qui brasse large sans se compromettre ou tomber dans la médiocrité, et qui dégage toujours une joie de jouer et un enthousiasme bien réels et palpables.

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Photo Concert Calexico + Thomas Belhom, Bordeaux, 4 Sans, le 23.10.2006

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