Bohren und der Club of Gore

Louvain (be), Stuk - 08.11.2006

Première partie : Tape Tum

» Compte Rendu

le 15.11.2006 à 06:00 · par Constantin D.

La route était sinueuse, sombre, piégeuse et solitaire. Et puis il planait de toute façon, dans l'air frais des rues flamandes, occupées par quelques autochtones hébétés et silencieux, une ambiance suspendue - comme juste avant l'inévitable. Une mystérieuse jeune fille entièrement vêtue de noir, presque muette, nous amène, avec un léger sourire, vers la salle retirée où Bohren va se produire.

Nous arrivons trop tard pour capter plus que les dernières bribes des locaux de Tape Tum, un trio fraternel, dont les sonorités électro et les choeurs pleins de vie résonnent déjà comme un souvenir hors de portée. C'est en assistant à ces dernières réjouissances, un peu hébété, qu'a lieu le premier contact avec Bohren - sans que je le sache encore. Dans une lueur rouge, on me bouscule et je renverse ma bière. Alors que j'hésite encore entre la colère et la résignation, l'homme en survêtement hémoglobine s'est déjà éloigné, indifférent, et je n'y peux plus rien.

Pour la séance, tout le monde s'assoit en tailleur, et les bavardages laissent vite place à un silence gêné, lorsque les lumières, s'éteignant totalement, plongent l'audience dans le noir total, à l'exception de cinq petites lanternes jaunes sur la scène. Un crâne de la même lueur fixe l'assistance, depuis la grosse caisse. Et puis les cinq membres du club entrent lentement, comme des ombres, et s'installent à leurs instruments. C'est un trio basse électrique, Fender Rhodes et batterie qui démarre et met aussitôt le public plus bas que terre. La pièce sera longue, extrêmement lente, grave et sèche, droit sortie de l'album de l'année dernière, Geisterfaust. Les lanternes ne laissent entrevoir sur scène que quelques instruments fantômes ; une tête sans corps, sévère, yeux fermés, flottant au-dessus du clavier du Fender ; une main sans bras sur le manche de la basse. L'assistance est désormais clouée au sol, soit en tailleur, souvent tête baissée, soit allongé - et tous sont transpercés par les vibrations des deux basses électriques, une nouvelle ayant fait son apparition dès le second morceau. Juste avant celui-ci, le saxophoniste présente le groupe en adéquation avec sa présence : anonymement. Voici le bassiste, voici le batteur, le clavier, je suis le saxophoniste. L'accent allemand pince-sans-rire et légèrement anxieux fait des merveilles pour garder le public attentif.

Le saxophone introduit, par quelques grappes de notes, la lascivité et la sensualité désespérée, noire, typique du groupe. Si le premier morceau en trio installait l'ambiance, le saxophone en donne un goût d'éternité. Une ambiance certainement encore plus sombre, et beaucoup plus séduisante, que celle des groupes metal dans lesquels les membres du quintette allemand jouaient par le passé.

On retrouve le Bohren des disques, mais là où l'aération de la musique du Club of Gore peut le rendre fragile dans un salon animé, elle décuple sa présence en live. Incroyable séance, confirmant la totale originalité du groupe.

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Photo Concert Bohren und der Club of Gore, Louvain (be), Stuk, le 08.11.2006

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