Josh T. Pearson

+ El Oso

Rennes, 1929 - 22.02.2007

» Compte Rendu

le 25.02.2007 à 00:00 · par Eric F.

Malgré une prestation fortement réussie ouverte par le talentueux duo Tazio & Boy au Café Grimault de Nantes, il y a quelques jours, Josh T. Pearson ne semblait pas très heureux. Passablement fatigué par une tournée européenne aux allures de marathon en zig-zag, le ténébreux Texan nous l'avait promis, sa prestation rennaise serait bien meilleure...

Un peu surpris par cette assertion, on se demandait forcément à quoi s'attendre. La réponse est venue dès la balance, plutôt évidente : Josh Pearson jouerait avec passion... et extrêmement fort. Le temps de caser quelques larsens assassins, de lancer quelques notes de The Clash (son morceau, pas le groupe anglais) et on comprit tout de suite que la promesse serait tenue. D'une humeur radieuse, le grand bonhomme suivit avec attention la première partie, un jeune rennais aux allures de Devendra Banhart, parfois accompagné d'une amie américaine au chant pour ce qui était apparement son tout premier concert. La sono récalcitrante n'aura pas allegé son stress lors des premières minutes, l'obligeant à passer de son acoustique à son électrique sans qu'un son correct ne se fasse. Ce problème corrigé, il pourra ensuite nous lancer ses doux arpèges, pas toujours forcément convaincants, mais pas désagréables non plus. Sa voix aura elle fait l'unanimité, et on pourra donc lui souhaiter de futurs concerts un peu moins tendus, histoire de se faire une idée plus large.

Comme pour faire durer l'attente, voilà qu'on nous propose une seconde première partie, mais pas n'importe laquelle puisque Pierre-Vital Gérard, le chanteur de Santa Cruz se retrouve face à nous en solitaire, sous le pseudonyme d'El Oso. On aurait pu trouver pire comme "apéritif". Au programme donc, deux relectures de Santa Cruz (un magnifique Falling At Least en clotûre), quelques reprises (dont le merveilleux Roscoe de Midlake, dans une version qui n'a pas à rougir de la comparaison) et quelques compositions qui trouveront peut-être leur place sur le prochain disque du collectif rennais (dont l'enregistrement débutera en mai prochain). Si les habitués du groupe auront pu regretter la traditionnelle instrumentation étoffée des compositions du sosie de George Clooney, sa voix est évidemment au rendez-vous et suffit bien assez pour faire passer quelques frissons. On notera également l'utilisation peu abusive et judicieuse d'un sampleur qui aura été la plus efficace sur le En Secret de Dominique A, comme par hasard... Pas mal du tout pour une quatrième apparition scénique !

Heureusement pour nous, nos oreilles auront été préservées jusqu'à l'arrivée de Josh Pearson. Commençant son set comme sa balance, c'est à dire par de longs larsens, on sait donc qu'il va falloir attacher sa ceinture et que la quasi heure et demie qui va suivre ne poura être que jouissivement éprouvante...

Le son est d'ailleurs très brut, la guitare prenant encore une place incroyable laissant assez peu filtrer la voix de Pearson. On en viendrait presque à se demander s'il n'utilise pas des accords inconnus tant sa musique remue et prend une forme saissisante. Qu'importe si on ne l'entend pas vraiment assener ses fameux coups de santiags sur la scène, il se contentera de maltraiter sa pédale de distortion. Les morceaux habituels sont passés en revue, avec notamment un The Clash toujours aussi ahurissant (pas étonnant qu'il y clame "I can't simply run to save my life"), Josh Pearson semble effectivement jouer comme si son existence en dépendait, comme si le lendemain n'allait jamais venir. La découverte est pourtant quasi permanente tant chaque chanson est interprétée différemment à chaque concert.

Josh Pearson a beau se tenir assis sur une chaise que son charisme sue par tous les pores de sa peau. Peut être était-ce pour tenir sa promesse, mais il n'aura pas raconté de blagues pendant son concert comme il le fait si souvent. Pas le temps de rigoler. Ni même de casser des cordes. Nous aurons eu droit à une prestation quasi sans temps mort, le Texan prenant juste la peine de converser un peu avec la salle de temps en temps, en prenant soin de ne jamais parler de ses chansons. Ainsi, Jesus Has Left My Body, une toute nouvelle composition, aura subjugué sans introduction, notre homme préférant de toute façon ne pas trop s'étendre sur ses relations paradoxales avec la religion, omniprésente dans quasiment toutes ses chansons. Si la version nantaise évoquait autant les arpèges acoustiques et les envolées électriques de Neil Young dans Dead Man, sa petite soeur rennaise aura été à l'image du concert, rageuse et magistrale de noirceur.

Pas grand chose à se mettre sous la dent donc pour apaiser les conduits auditifs, mis à part un titre encore en gestation et le magnifique Gunfighter's Lullaby, complainte d'un soldat fourbu évitant avec brio l'écueil oh combien casse-gueule de la "chanson contestaire sur l'Irak" en se contentant de narrer la lassitude d'un homme perdu dans un conflit armé ("I paid my restitution and I paid a little more"). Aucune lassitude en tout cas chez l'acharné de la six cordes, qui livre en conclusion une version déchainée de son humouristiquement auto-proclamé "smash hit" qu'est The Devil's On The Run. Et si Josh Pearson s'est (involontairement ?) fait spécialiste de l'incompréhension (comme sa déclaration sur sa page Myspace de "Bella Union cocksuckers", simplement tirée de la série Deadwood) il n'aura aucun mal à faire entonner le refrain à l'assistance ,ce qui lui donnera visiblement encore un peu plus d'aplomb. Quel contraste par rapport au concert nantais ou il avait livré la même chanson sans hausser le ton, incapable de noyer les bavardages incessants au comptoir. Ravi de nous entendre hurler "The devil's on the run, let's have some fun", Josh Pearson semblait ne pas vouloir mettre fin à ce concert, une nouvelle fois hallucinant de beauté sauvage, à son état le plus brut.

Alors qu'importe si il ne sortira jamais d'album solo ou si il ne nous offrira pas de nouveau chef d'oeuvre avec Lift To Experience (avec lui, autant s'attendre à tout); tant qu'il continuera de livrer de tels concerts, il restera encore et encore ancré dans nos mémoires. En le quittant au petit matin dans les rues endormies de Rennes après des adieux interminables, on ne peut que s'incliner devant le génie, l'humilité, la gentillesse et l'humour d'un tel géant.

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Photo Concert Josh T. Pearson + El Oso, Rennes, 1929, le 22.02.2007

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